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Les femmes sont-elles réellement moins versées dans la politique que les hommes ? La majorité des enquêtes menées à travers le monde soulignent l’existence d’un “gender gap” en matière de connaissances politiques. Or, malgré la prise en compte d’un certain nombre de facteurs, comme l’accès à l’éducation ou au monde du travail, une partie de ce gap reste inexpliqué. Frederico Batista Pereira, assistant professeur au département de Science Politique et d’Administration Publique de l’Université de Caroline du Nord (USA), tente d’expliquer en quoi la manière dont les femmes sont représentées dans l’opinion publique (dans les médias, sur la scène politique, etc.) contribue à creuser cet écart. L’hypothèse générale ainsi testée est qu’en matière de connaissances politiques, l’écart entre les genres sera plus faible à mesure que la représentation politique des femmes augmentera. Une meilleure représentation politique des femmes passerait ainsi par une présence accrue des femmes dans la sphère politique, mais aussi par des tests de connaissances qui présenteraient la vie politique autrement que comme un univers exclusivement masculin. Pour produire ses résultats, l’auteur se fonde dans un premier temps sur des enquêtes de connaissances politiques menées dans 120 pays entre 2001 et 2011, représentatives d’environ 88% de la population mondiale. Sur la base de ces données, il cherche à exhiber les facteurs qui expliquent la différence de connaissances politiques entre hommes et femmes dans le monde. Dans un second temps, il procède à une expérience durant laquelle il interroge lui-même plus de 1000 américains, répartis en différents groupes, sur leurs connaissances politiques. Cet article suppose que la faible représentation des femmes en politique produit deux effets. D’une part, elle minore la motivation des femmes à s’informer sur la politique et donc à s’y engager. De l’autre, elle produit un effet direct sur les capacités cognitives des hommes et des femmes, par le biais de stéréotypes intériorisés. Le mécanisme sur lequel se base l’auteur nécessite la définition de deux concepts issus de la psychologie sociale. Le premier est celui de « menace des stéréotypes ». Il correspond à un type de stigmatisation qui se fonde sur des stéréotypes négatifs concernant la capacité d’un groupe à accomplir une tâche. En l’occurrence, ici, le stéréotype selon lequel les femmes seraient incapables de travailler en politique pèserait négativement sur leurs performances aux tests de connaissances sur la question. Le second concept, la « levée des stéréotypes », correspond à une situation inverse dans laquelle les stéréotypes négatifs sur les femmes améliorent les performances des hommes. En l’occurrence, ici, les stéréotypes négatifs qui pèsent sur les femmes en politique amélioreraient les performances des hommes à ces mêmes tests de connaissances. L’auteur cherche d’abord à quantifier le gender gap en politique. Si un homme et une femme n’ont pas le même niveau de connaissances en la matière, ce n’est pas nécessairement et entièrement dû au genre, mais peut-être aussi à des différences en termes d’intérêt pour la politique, d’éducation ou d’âge. Pour séparer l’effet du genre de l’effet de ces autres facteurs, Frederico Batista Pereira utilise l’analyse statistique en se fondant sur sa base de données mondiale. En moyenne, dans chaque pays, le gender gap qui nous intéresse diminue d’un tiers lorsque l’on sépare les effets liés à l’intérêt pour la politique, le niveau d’éducation ou encore l’âge, des effets strictement liés au genre. Petite illustration : un homme de 40 ans, titulaire d’un doctorat et passionné de politique, réalisera avec certitude un meilleur score à un test de connaissances politiques qu’une femme de 25 ans, sans diplôme et que la politique ennuie. Or, on le comprend bien, procéder à une telle mesure ne permet pas de quantifier la manière dont le genre seul influe sur les résultats. La mesure du gender gap sera alors faussée. Dès lors, en le mesurant entre deux individus exactement comparables (même âge, même niveau d’études, même intérêt pour la politique), on constate une différence de connaissances politiques plus faible d’un tiers. Selon l’auteur, deux facteurs principaux expliquent ce gender gap : le niveau de représentation politique des femmes dans les sociétés d’un côté et de l’autre, la manière dont les questions posées dans les sondages présentent la vie politique comme un monde d’homme. L’auteur mesure ainsi la représentation politique des femmes dans la société à travers la proportion de femmes au Parlement et dans les cabinets ministériels, ainsi que la présence de femmes à la tête du gouvernement. Et pour mesurer l’effet de la tournure des questions, il identifie si celles-ci mentionnent un homme ou une femme politique. Lorsque les questions posées lors des tests de connaissances insistent davantage sur la présence des hommes en politique, les différences de résultats entre hommes et femmes tendent à se creuser. A l’inverse, pour les questions qui mentionnent une femme politique, la différence de résultats entre hommes et femmes diminue de 63%. Si les deux dimensions étudiées par l’auteur (représentation des femmes en politique et tournure des questions) ont un impact sur le gender gap, ce sont les stéréotypes sur les femmes dans les questions de connaissances politiques qui auraient la plus forte incidence. Une comparaison simple permet de l’illustrer : une question au phrasé neutre aurait le même effet sur la diminution du gender gap qu’une augmentation de la présence de femmes au Parlement de 48 points de pourcentage. Enfin, et paradoxalement, les femmes ne se trompent en moyenne pas plus que les hommes. Si leur score aux tests diminue, c’est parce qu’elles répondent plus souvent « ne sait pas » aux questions. A nouveau, l’auteur montre que les femmes sont plus susceptibles de répondre qu’elles ne « savent pas » lorsqu’elles sont peu représentées au Parlement et que les questions posées abordent peu la place des femmes en politique. Dans un tel contexte, les femmes auraient davantage tendance à intérioriser une incompétence en politique, et donc à ne pas oser répondre à une question et dire « qu’elles ne savent pas », même si elles ont potentiellement la bonne réponse. L’expérience menée par le chercheur a rassemblé 1038 citoyens américains répartis en trois groupes. Tous devaient répondre à une série de questions politiques de difficulté modérée, suivant différents protocoles. Alors qu’un groupe répondait directement aux questions, un autre devait d’abord exprimer son avis sur 8 hommes politiques américains avant de répondre au test, tandis que le dernier groupe devait donner son avis sur 4 femmes et 4 hommes politiques avant de procéder au test. Le principe du test est de jouer sur le ressenti des personnes à l’égard du monde politique. En amenant un groupe à ne donner son avis que sur des hommes politiques, on lui suggère de considérer la politique comme un milieu exclusivement masculin. L’autre groupe sera amené à avoir une idée plus équilibrée de la politique, dans laquelle les rôles sont partagés entre hommes et femmes. Le premier groupe, qui répond directement aux questions, sert de groupe de référence. Au sein de ce groupe de référence, les hommes donnent en moyenne plus de bonnes réponses que les femmes (14 points de pourcentage de plus). Or, cette différence décroit significativement, jusqu’à devenir négligeable (seulement 5 points de pourcentage de différence) au sein du groupe qui a été exposé à des hommes et des femmes politiques avant de répondre au test. Enfin, dans toutes les situations de l’expérience, femmes et hommes ont la même probabilité de donner une réponse incorrecte. Or, c’est dans la situation de référence et dans le groupe où seuls des hommes politiques sont présentés, que les femmes sont plus enclines à répondre « ne sait pas » aux questions. A nouveau, les résultats suggèrent que le gender gap en termes de connaissances politiques ne serait pas dû au manque de connaissances des femmes, mais plutôt à leur plus faible disposition à exprimer leur opinion sur des questions politiques. Le fait de présenter le monde politique comme davantage masculin serait à l’origine d’un tel mécanisme. Cet article questionne les effets symboliques de la représentation féminine en politique ainsi que la manière dont, dans les enquêtes, la formulation des questions peut orienter les réponses des femmes. Lorsqu’elles sont invitées à réfléchir aux affaires politiques de leur pays, la sous-représentation des femmes dans ce domaine renverrait aux personnes interrogées des stéréotypes négatifs. Les femmes interrogées peuvent alors préférer ne pas exprimer leur intérêt pour la politique, en particulier lors de questionnaires sur ces connaissances. De fait, si les femmes possèdent indéniablement une compétence politique, des facteurs situationnels – comme les stéréotypes de genre – peuvent les amener à ne pas l’exprimer. Les résultats de cette recherche sont susceptibles d’avoir des implications majeures en termes de démocratie et d’inclusion politique. Des processus comme la mise en place de quotas pourraient non seulement avoir des effets structurels directs sur le monde politique (augmentation du nombre de femmes élues), mais aussi symboliques – la façon dont les citoyennes conçoivent la politique et s’y projettent. Si la mise en place de mesures de discrimination positive au Maroc a permis d’améliorer la représentativité des femmes en politique (le nombre de députées élues à la Chambre des représentants est par exemple passé de 35 en 2002 à 81 en 2016), leur sous-représentation reste malgré tout un fait persistant. Et si la part des femmes constituant le corps électoral est non négligeable (46% en mars 2020), celles-ci demeurent sous-représentées au niveau des fonctions électives. En effet, les communes ne comptent que 21,18% de conseillères et la Chambre des représentants actuelle est composée essentiellement d’hommes (78,89%). Même élues, les femmes sont confrontées à des difficultés pour accéder aux fonctions influentes. En effet, seulement 16,5% des femmes députées sont membres des commissions parlementaires influentes au sein de la Chambre des représentants. Le travail de Frederico Batista Pereira suggère que cette situation contribue à maintenir le gender gap en termes de connaissances politiques. La surreprésentation des hommes dans les fonctions électives empêche les femmes de s’exprimer sur des positions politiques. En l’état, l’accès des femmes aux plus hautes fonctions électives demeure restreint. Il serait peut-être souhaitable d’envisager une politique de quotas plus agressive, à l’image de nos voisins tunisiens. Southern Political Science Association, 2019. DOI: doi.org/10.1086/704599 La représentation des femmes dans les assemblées législatives de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) est l’une des plus faibles au monde, avec une moyenne régionale de 18,2%, contre 23,9% en Afrique subsaharienne et 28,2% dans les Amériques. Toutefois, la dernière décennie a vu une augmentation constante de la proportion de femmes dans les organes représentatifs de la région, qui est progressivement passée de 6,6% en 2004 à 10,5% en 2010, pour arriver à 19% en 2018. La principale question que cherchent à aborder dans cet article Marwa Shalaby et Laila Elimam, respectivement assistante professeure et chercheuse en science politique à l’université du Wisconsin-Madison, est de savoir si la présence accrue des femmes dans certains parlements arabes a conduit à une plus grande influence et à un plus grand pouvoir des femmes politiques au sein de ces assemblées. Pour ce faire, Marwa Shalaby et Laila Elimam cherchent à comprendre l’accès des femmes aux commissions législatives dans la région MENA. Elles identifient notamment la manière dont la mise en place de quotas a pu influer sur la présence des femmes au sein de différents types de commissions, plus ou moins valorisées selon leur importance politique et leur prestige. Dans l’ordre d’importance, se classent d’abord les commissions dites influentes (finance, justice, défense), puis les commissions dites techniques et des affaires étrangères (affaires internationales, agriculture), suivies des commissions de questions sociales (santé, éducation) et enfin, les commissions dédiées aux “questions relatives aux femmes”, où sont abordés la condition des femmes, les inégalités entre les sexes et les droits des femmes. Pour mener leur étude, les deux chercheuses ont recueilli un ensemble de données couvrant plus d’une décennie (depuis 2009) et concernant 4500 nominations au sein des commissions législatives de cinq parlements arabes : Algérie, Jordanie, Koweït, Maroc et Tunisie. L’avantage de ces données est qu’elles sont représentatives d’un certain nombre de systèmes politiques dans la région MENA, notamment les monarchies héréditaires au Maroc, au Koweït et en Jordanie, et les systèmes présidentiels en Algérie et en Tunisie. Ces données, qui ont fait l’objet d’analyses statistiques, ont été complétées par des entretiens réalisés avec des parlementaires de chacun de ces pays. Selon les auteures, la présence de davantage de femmes au parlement se traduit par un intérêt plus marqué pour les “questions relatives aux femmes”, et donc par la création de commissions dédiées à ces questions, dans lesquelles les femmes sont d’abord très largement surreprésentées. A titre d’exemple, pour les cinq pays considérés, les femmes, bien qu’elles ne représentent en moyenne que 15,8% du total des parlementaires, constituent plus de 60% des membres des commissions “féminines”. Avec le temps, les femmes tendent néanmoins à accéder à des commissions plus prestigieuses, tandis que la taille des commissions dédiées aux “questions relatives aux femmes” se réduit. Pour Marwa Shalaby et Laila Elimam, c’est l’existence de stéréotypes sexistes dits provisoires qui permet d‘expliquer la position marginale des femmes au sein des parlements arabes. Selon la théorie des stéréotypes sexistes provisoires défendue par les chercheuses, l’arrivée des femmes au parlement se traduit par la création et/ou l’augmentation de la taille des commissions dites “féminines”, au sein desquelles elles sont majoritairement nommées. Pour le vérifier, les auteures comparent la probabilité pour un individu d’être membre d’une commission particulière à la probabilité pour une femme d’être membre de cette commission. Comparer ces deux probabilités permet de visualiser combien les femmes sont sur- ou sous-représentées au sein d’une commission donnée. En présence d’un système de quotas permettant d’élever la proportion de femmes parlementaires de 10% à 30% du corps législatif, on observe une augmentation de 38% des effectifs — hommes et femmes confondus — des commissions les moins valorisées, à savoir celles dédiées aux questions sociales et “féminines”. Néanmoins, cette augmentation concerne surtout les femmes : la mise en place du système de quotas précité se traduit en effet par une augmentation de 144% du nombre de femmes au sein de ces commissions, soit un nombre environ multiplié par 2,5. Ainsi, si l’implémentation d’un système de quotas se traduit par un regain d’intérêt pour les questions sociales et “féminines”, ce sont très largement des femmes qui sont assignées à ces commissions. Par ailleurs, l’augmentation de la taille des commissions “féminines” entraîne une réduction de la taille des autres commissions. Les femmes étant davantage susceptibles de rejoindre les commissions sociales et “féminines”, elles sont par conséquent bien moins susceptibles de rejoindre les commissions considérées comme plus prestigieuses. A titre d’exemple, en Jordanie, un système de quotas est en place depuis 2003. Alors que les femmes ne représentent qu’environ 13% des parlementaires entre 2010 et 2020, près de 95% des membres de la commission dédiée aux questions “féminines”, créée en 2013, sont des femmes. Sur la même période, celles-ci ne représentent par ailleurs que 10 à 12% des membres des commissions plus prestigieuses. L’existence de commissions spécifiquement “féminines” aurait pour effet, en quelque sorte, d’évincer les femmes des commissions prestigieuses, et ainsi de les cantonner à un travail législatif centré sur le genre, via le rôle qui leur est traditionnellement attribué dans la société, notamment les questions familiales et “féminines”. Toujours selon la théorie des stéréotypes sexistes provisoires, la présence des femmes au parlement tend, avec le temps, à se “normaliser”, notamment du fait d’un système de quotas durablement mis en place. La taille des commissions dédiées aux questions “féminines” se réduit alors, à mesure que les femmes rejoignent d’autres commissions. Les auteures remarquent ainsi que le temps écoulé depuis la mise en place d’un système de quotas a un effet positif sur la participation des parlementaires (hommes/femmes confondus) aux commissions techniques et aux commissions des affaires étrangères en général. Aussi, plus cette période s’étend, plus le nombre total des membres des commissions des affaires sociales tend à se réduire. Mécaniquement, et à mesure que les effectifs des commissions sociales se réduisent, les femmes tendent à rejoindre des commissions plus prestigieuses. En effet, la mise en place de quotas est, dans le temps, positivement liée à une plus forte probabilité de participation des femmes aux commissions techniques et influentes. Comme le montre la figure suivante, en l’absence de système de quotas, les législatrices ont généralement une faible probabilité de rejoindre les commissions influentes (environ 18%). Mais après dix ans d’application des quotas, la probabilité que les femmes soient membres de commissions influentes passe de 18% à plus de 33%. Les quotas contribuent ainsi à améliorer significativement l’accès des femmes à ces commissions. D’autres dimensions de la théorie des stéréotypes sexistes provisoires sont aussi étudiées par les chercheuses. La première est le lien entre expertise politique et probabilité de rejoindre une commission influente. Marwa Shalaby et Laila Elimam remarquent qu’être réélue au parlement augmente de 85% les chances de rejoindre une commission influente. On constate ainsi une relation significative entre la probabilité pour les femmes parlementaires d’appartenir à des comités influents et leur expérience politique. Par ailleurs, le fait pour une élue d’être membre du parti majoritaire/au pouvoir augmente d’environ 40% sa probabilité de rejoindre les commissions techniques ou des affaires étrangères. Cette appartenance au parti majoritaire/au pouvoir, néanmoins, ne produit pas d’effet sur la probabilité des femmes parlementaires de rejoindre les commissions influentes. Enfin, et alors que la théorie suppose que les partis conservateurs auraient davantage tendance à affecter les femmes à des commissions en phase avec leurs rôles traditionnels au sein de la famille et de la société (c’est-à-dire les commissions des questions “féminines” et des affaires sociales, soit les moins valorisées), les auteures ne relèvent aucun lien entre l’idéologie du parti et le fait d’être membre d’une commission. En d’autres termes, les partis islamistes n’ont pas plus tendance que les autres partis à affecter les femmes aux commissions “féminines” et sociales. Cet article permet d’identifier qu’une augmentation immédiate de la proportion de femmes élues au sein d’une assemblée ne facilite pas leur accès aux comités influents et autres comités à prédominance masculine ; elle augmente plutôt la probabilité de rejoindre les commissions sociales ainsi que celles dédiées aux questions “féminines”. Cependant, la durabilité des quotas en vigueur est associée à une plus forte présence “féminines” dans les commissions influentes, techniques ou des affaires étrangères, et à une plus faible présence dans les commissions dédiées aux questions sociales. Par ailleurs, l’expertise politique est également importante lorsqu’il s’agit pour les femmes d’accéder à des comités historiquement dominés par les hommes. Cette recherche présente ainsi des implications de grande portée concernant l’impact des systèmes de quotas sur la représentation politique des femmes. Elle met également en lumière les effets positifs des mécanismes de quotas sur le leadership politique des femmes, principalement dans les États non démocratiques et en transition. Une représentation durable des femmes par le biais de systèmes de quotas semblerait essentielle pour obtenir ces résultats, en particulier dans des contextes fortement patriarcaux et à forte dominance masculine, comme c’est le cas dans la région MENA. Au Maroc, les femmes ont été pendant longtemps absentes des fonctions électives. Ce n’est qu’en 1993 que les premières femmes ont fait leur entrée au parlement, avec 2 députées. Il s’agissait Badia Skalli de l’Union socialiste des forces populaires et de Latifa Bennani-Smirès du Parti de l’Istiqlal. Les deux occupaient des fonctions dans les instances dirigeantes de leur parti. En 2002, un système de quota est mis en place pour permettre l’élection de 30 femmes par le mécanisme de la liste nationale. Ce système sera réformé en 2011 pour réserver 60 sièges aux femmes. Ainsi, le nombre de députées élues à la Chambre des représentants est passé de 35 en 2002 à 81 en 2016. Avec ces réformes, le Maroc s’est placé parmi les pays arabes les plus performants en matière de représentativité des femmes au parlement. Actuellement, un député marocain sur 5 est une femme (20,5%) contre 15,4% en Jordanie et 2% au Koweït. Mais d’autres pays de la région assurent une meilleure représentativité des femmes au sein de l’instance législative, notamment l’Algérie et la Tunisie où environ un député sur 3 est une femme (respectivement 31,6% et 31,3%). Le même constat se précise à peu près quant à la part des femmes représentées dans les commissions parlementaires influentes. Le pourcentage de députées marocaines présentes dans ces commissions a connu une progression importante avec un ratio de 16,5% en 2016 contre seulement 7,4% en 2007. Mais cette progression reste en dessous des réalisations de la Tunisie et de l’Algérie avec respectivement des ratios de 32,9%, 23,1%. Le travail de Marwa Shalaby et Laila Elimam aide à diagnostiquer les causes de ce retard. Le Maroc ayant adopté des mesures de discriminations positives avant son voisin tunisien, il semble donc que la raison pour laquelle les femmes sont moins bien représentées au sein des commissions influentes est que le système de quota marocain est moins « agressif » que le système tunisien. Cela a pour conséquences une levée plus lente des stéréotypes de genre et un ralentissement au niveau de l’accès des femmes aux positions les plus prestigieuses. Comparative Politics, 2020. DOI: 10.5129/001041520X15869554405663Des stéréotypes intériorisés
Une question de facteurs
Représentation politique et formulation
Disposition à exprimer son opinion
Conclusion
Le mot de Tafra
En savoir plus
Les femmes parlementaires, assignées à des questions “féminines” ?
Accès aux commissions influentes : du temps et des quotas

Avantage pour les parlementaires réélues et les membres de la majorité
Conclusion :
Le mot de Tafra
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Après la chute du raïs autocrate Zine El-Abidine Ben Ali en 2011, de nombreux activistes ont non seulement appelé à plus de justice sociale et de liberté, mais aussi à l’égalité des genres et à davantage de participation politique pour les femmes. Les organisations féministes et la société civile ont mis en place des marches pour les droits des femmes et fait pression sur le gouvernement et les partis politiques pour plus de représentation féminine en politique. En réponse, la Tunisie a requis dans son code électoral que chaque liste de parti ou de candidat indépendant inclue un nombre égal de femmes et d’hommes, dans le cadre d’une parité verticale selon un système d’alternance.
A l’occasion des élections municipales de 2018, le gouvernement tunisien est allé plus loin et a requis que chaque parti inclue une femme comme tête de liste dans la moitié des listes présentées par circonscriptions. Bien que ces politiques soient historiques pour la Tunisie et que la représentation politique des femmes ait presque doublé au cours de la dernière décennie, l’on ignore largement comment les électeurs perçoivent les politiciennes et leurs programmes politiques.
L’on sait qu’en dépit de backgrounds similaires, les femmes sont systématiquement sous-évaluées par rapport à leurs homologues masculins, car perçues comme moins compétentes et moins puissantes. Afin d’expliquer pourquoi les femmes en position de leadership font face à de tels défis, la psychologue sociale Alice Eagly a développé la théorie de la “conformité de rôle”, qui avance que les individus sont évalués positivement s’ils confirment ce que la société attend d’eux. Au contraire, ils sont évalués négativement s’ils contredisent ce que la société attend d’eux. Certains chercheurs ont montré que les femmes emploient souvent des stratégies conformes à leur genre (par exemple, se focaliser sur des questions comme les problèmes des femmes, la santé et l’éducation) quand elles poursuivent des positions de leadership, et ce pour éviter d’être pénalisées pour une hypothétique transgression. A l’opposé, d’autres chercheurs ont montré que les femmes qui emploient des stratégies conformes aux notions classiques de leadership (en se focalisant par exemple sur des questions comme la défense ou la sécurité) améliorent la perception des électeurs potentiels quant à leurs qualités de leadership et leur capacité à réussir.
Dans cet article, nous étudions, dans le cadre d’un sondage, les effets de genre dans l’appui des électeurs en Tunisie, et ce selon le sexe d’un.e. candidat.e et son programme politique. Notre sondage en ligne a touché un échantillon de près de 600 répondants inscrits sur la plateforme YouGov.com. L’expérience, appelée « expérience conjointe », consiste à montrer au répondant deux candidats fictifs générés au hasard et à lui demander s’il préfèrerait voir l’un ou l’autre en tête de liste. Aussi, nous avons varié le genre (homme/femme) et le programme du candidat, en incluant des sujets traditionnellement liés aux femmes (améliorer les droits des femmes), des sujets qui signalent un leadership fort (améliorer la sécurité), et des sujets plus neutres (améliorer la situation économique et combattre la corruption). Pour plus de réalisme, nous avons aussi varié d’autres caractéristiques du candidat, comme son âge, son niveau d’études ou son parti (Figure 1). L’analyse de ces résultats permet de déterminer combien chacun de ces attributs influe sur la probabilité de choisir le candidat. Notre analyse a également séparé les répondants aux valeurs plus patriarcales de ceux aux valeurs plus égalitaires.

Nos résultats (Figure 2) montrent que les candidates tunisiennes sont confrontées à des préjugés de genre de la part des électeurs, même si cela concerne principalement les électeurs aux attitudes patriarcales. Les répondants aux valeurs égalitaires sont, quant à eux, tout aussi disposés à choisir un homme ou une femme en tête de liste. Les répondants aux valeurs patriarcales sont, de leur côté, moins disposés à nommer une femme en tant que tête de liste (près de 7 points de pourcentages en moins).

Nous montrons aussi que les candidats (hommes ou femmes) qui font campagne avec un programme axé sur la sécurité ont plus de chance d’être nommés tête de liste que s’ils faisaient campagne sur un programme axé sur les droits des femmes, et ce tant pour les répondants aux valeurs patriarcales que pour ceux aux valeurs égalitaires.
Notre étude montre ainsi que les candidats – hommes ou femmes – qui mettent en avant des programmes conformes aux stéréotypes associés au leadership politique (en l’occurrence, la sécurité) peuvent augmenter leur soutien électoral. Or, une fois élus, les politiciens semblent renforcer ces préjugés. En examinant la composition des commissions parlementaires (Figure 3), on observe que les femmes sont surreprésentées dans la Commission des affaires de la femme, de la famille, de la jeunesse et des personnes âgées, et qu’elles sont sous-représentées dans la Commission de la sécurité et de la défense. Ainsi, les hommes tendent à obtenir des positions qui augmentent leurs chances de réélection, tandis que les femmes risquent d’être moins considérées ou récompensées par les électeurs pour leur travail au Parlement ou le service public qu’elles rendent. Ces considérations sont particulièrement importantes au vu des élections d’octobre 2019, où la part de femmes politiques a diminué au Parlement, passant de 30 à 25%.

Pour conclure, notre recherche montre que les femmes tunisiennes sont toujours confrontées à des stéréotypes de genre de la part des électeurs. Tant les femmes politiques — en tous cas pour les électeurs aux valeurs patriarcales — que les programmes axés sur les questions relatives aux femmes restent largement impopulaires.
Ainsi, si les quotas de genre ont été une étape importante pour promouvoir la représentation politique des femmes, un moyen essentiel d’améliorer leur poids politique serait d’accroître les possibilités pour les femmes politiques d’occuper des postes à responsabilités qui ne soient porteurs de stéréotypes associés aux femmes. Par exemple, nommer des femmes à la tête de commissions parlementaires portant sur la sécurité ou la défense pourrait créer une association positive entre femmes et leadership sur des questions cruciales dans l’esprit des électeurs.
DOI: 10.1007/s11109-019-09582-5
Manuscrit pré-publication
Cependant, l’analyse territorialisée des dynamiques sociales et des comportements électoraux révèlent des configurations contradictoires à l’échelle des communes marocaines. On peut dès lors se demander si cadre réglementaire et pratiques partisanes sont en accord avec la situation sociale des femmes ?
Dans une première partie, A. François et D. Goeury proposaient une analyse fine des dynamiques d’autonomisation des femmes, à partir des indicateurs liés aux niveaux d’éducation, à l’âge au mariage, à la fécondité, à l’accès à des revenus monétaires directs et mettaient en avant de fortes disparités territoriales, en particulier au niveau de l’éducation et de l’accès au salariat.
Dans cette seconde partie, ils s’intéressent cette fois à la représentation politique des femmes au sein des conseils élus. Et montrent que la logique règlementaire adoptée favorise cette féminisation avant tout dans les communes les moins peuplées.
Pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, Alicia François et David Goeury proposent une analyse des dynamiques communales au sein des régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra qui permet de saisir l’ampleur des disparités territoriales au sein des deux régions les plus dynamiques du royaume. Pour cela, ils mettent en perspective les données du recensement général de la population et de l’habitat de 2014 avec les données électorales des élections communales de 2015.
Pour accompagner les dynamiques économiques et sociales, les autorités ont décidé d’accroître la représentativité des femmes au sein des conseils élus. Cependant, dans le cadre des élections communales de 2015, il s’agit d’un protocole complexe qui dépend étroitement de la taille des communes.
Ainsi dans les communes de moins de 35 000 habitants, divisées en circonscriptions uninominales, les quatre circonscriptions les plus peuplées ont été dotées d’un deuxième siège complémentaire féminin.
En revanche, dans les communes de plus de 35 000 habitants et les arrondissements, il existe une liste des femmes comprenant 6 noms pour les moins de 200 000 habitants et 8 noms pour celles de plus de 200 000 habitants.


Cependant, le nombre de sièges dépend de la taille de la population, si bien que selon cette logique réglementaire, les communes les moins peuplées, soit celles qui comptent moins de 7 500 habitants, ont les conseils municipaux les plus féminisés avec 4 femmes élues sur 15 membres du conseil, soit un taux de féminisation du conseil de 26,67%. Il faut ajouter à cela les cas exceptionnels des communes des quartiers liés aux palais royaux comme Touarga à Rabat et Méchouar à Casablanca qui ne comptent que 13 élus, dont 4 femmes soit un taux de féminisation minimal de 30,3%.
En revanche, plus la taille de la commune augmente, plus le taux de féminisation légal minimal du conseil baisse. Il passe ainsi à 23,53% pour les communes entre 7 500 et 12 500 habitants, dont le conseil est composé de 17 élus ; ce taux descend à 21,05% pour celles comptant entre 12 500 et 15 000 habitants et qui ont 19 élus, puis s’effondre à 14,81% pour les communes de 15 000 à 25 000 car elles ont 27 élus. Il n’est plus qu’à 13,79% pour les communes de 25 000 à 35 000 habitants qui ont 29 élus. Enfin, le taux de féminisation des élus remonte à 20,69% pour les communes à liste unique de plus de 35 000 habitants dont le conseil est composé de 29 élus mais doit comporter 6 femmes.
Cependant, ce taux diminue à nouveau à 17,14% pour les communes de plus de 50 000 habitants disposant de 35 élus.Pour baisser encore à 15,38% pour celles comptant plus de 100 000 habitants et 39 élus, puis à 13,95% pour les communes de plus de 150 000 habitants avec 43 élus. Pour les communes de 200 000 habitants avec 47 élus dont 8 femmes, le taux minimal légal remonte à 17,02% avant de s’effondrer à nouveau pour atteindre, au plus bas 12,31% dans les très grandes municipalités de Meknès, Oujda, Agadir et Kénitra dont les conseils municipaux compte 65 élus. Enfin, pour les arrondissements, le nombre d’élus dans les conseils d’arrondissement varient fortement allant de 19 à Casablanca – Anfa à 44 à Rabat – Yacoub El Mansour, faisant ainsi fortement varier le taux de féminisation imposé par la loi. A Anfa, le taux de féminisation imposé est de 31,58%, soit le plus élevé du Maroc. En revanche, à Yacoub El Mansour, il est de 13,64%, soit l’un des plus faibles du Maroc.


Cette
complexité légale amène donc à un biais statistique non linéaire posant la
question de la représentation des femmes. Dans les communes de moins de
35 000 habitants, le choix d’une place complémentaire, et non d’une liste
communale des femmes comme aux élections de 2009, affaiblit leur position, les
amenant à se positionner derrière un homme et donc, à être cooptées par ce
dernier. Ainsi, deux communes de la province de Khémisset, Laghoualem et Oulmès,
n’atteignent pas le seuil légal de 4 femmes siégeant au conseil communal, avec
respectivement 2 et 3 femmes seulement. En effet, des conflits politiques très
violents lors des élections ont amené à l’absence de scrutin dans deux des
principales circonscriptions de Laghoualem et dans l’une d’Oulmès empêchant de
fait le vote et donc, amenant à un conseil incomplet.
Maintenant, il s’avère que très peu de communes dépassent le seuil légal. Dans les deux régions Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, seules 52 communes ont une surreprésentation des femmes par rapport au seuil légal, contre 225 qui appliquent strictement la loi : 19 communes rurales sur 215 soit 8,8% des communes rurales ; 16 municipalités sur 49 soit 32 ,6% des municipalités ; 17 arrondissement sur 26 soit 65,4% des arrondissements.
En effet, pour les scrutins uninominaux, cela suppose que le village ou le quartier soit représenté uniquement par une femme et pour le scrutin de liste, qu’une place éligible en début de liste soit accordée à une femme. Or, il est très difficile pour une femme de s’affirmer comme seule représentante d’un quartier. Ainsi, dans les deux régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, seules 25 femmes ont réussi à s’imposer sur les 3 927 sièges disponibles : 0,6% des élus au scrutin uninominal, hors place complémentaire, sont donc des femmes. Harhoura est la seule commune de moins de 35 000 habitants où deux femmes ont réussi cet exploit.
Dans les communes de plus de 35 000 habitants et les arrondissements, il semble plus facile aux partis d’accorder une place en position éligible aux femmes, en dehors de la liste qui leur est réservée. Cependant, seules 52 femmes ont été élues sur la liste principale, sur les 1 692 places disponibles soit un taux de féminisation effectif de 3%. L’arrondissement d’Agdal – Ryiad apparaît comme une exception avec 7 femmes élues sur les 30 places de la liste principale. Il faut aussi noter l’effort particulier fait à Kénitra où là encore 7 femmes figurent sur la liste principale qui comprenait cependant 57 noms.


Au final, une toute petite minorité de communes centrales où se concentrent un grand nombre de femmes actives et éduquées ont un conseil municipal largement féminisé du fait d’une réelle volonté des partis de mettre en avant des femmes. Dans les communes intermédiaires, les femmes restent minoritaires et s’imposent difficilement en dehors des quotas imposés par la loi. Par conséquent, si les conseils d’arrondissement sont composés de 23,8% de femmes en moyenne, ceux des municipalités ne le sont qu’à 19,2%, tandis que ceux des communes rurales le sont à 20,7%.
Dans ce contexte, seules 8 communes ont un taux de féminisation de leurs élus dépassant les 30% : les deux communes de Touarga et Méchouar, deux arrondissements de Casablanca (Anfa et Hay Mohammedi) et deux de Rabat (Agdal-Riyad et Souissi), une commune rurale de la province de Khémisset, Aït Ali ou Lahcen, et une petite municipalité de la province de Sidi Kacem, Dar Gueddari. Ensuite, exceptions faites des arrondissements de Sbata, Assoukhour Assawda de Casablanca et de Hassan à Rabat, les 51 communes ayant plus de 25% d’élus femmes sont les communes rurales les moins peuplées des deux régions, auxquelles s’ajoute une seule municipalité.


Les communes aux conseils les plus féminisés ont des comportements électoraux très différents car la participation est beaucoup plus faible au sein des arrondissements que des communes rurales, de près de 40 points (36% en moyenne dans les arrondissements, contre 75% dans les communes rurales). De même, les partis en tête sont très différents. Au sein des 10 arrondissements ayant plus de 25% de femmes élues, le PJD est arrivé systématiquement en tête (exception faite de Rabat Souissi, remporté par le PAM). Il réalise ainsi un score moyen de 38%. En revanche, dans les 46 communes rurales, seules 33 avaient des candidats PJD. Le parti n’est arrivé qu’une seule fois en tête et a réalisé un score moyen de 7,9%, soit 30 points de moins que dans les arrondissements. Il apparaît donc que la législation amène à une surreprésentation des femmes dans des contextes politiques très différents, tant sur le plan de la participation que des orientations partisanes. Enfin, il est intéressant de noter que les arrondissements disposant du plus grand nombre de femmes élues sont ceux qui ont connu parmi les taux de participation aux élections les plus élevés, comme Anfa à Casablanca (37% contre 30% en moyenne dans la ville), mais aussi Agdal-Ryad et Souissi à Rabat (seuls arrondissements à dépasser respectivement 45% et 51% de taux de participation). Par ailleurs, ce ne sont pas les arrondissements où le PJD a réalisé ses meilleurs scores, le parti étant favorisé par la faible participation des électeurs. Par conséquent, le choix d’intégrer massivement des femmes aux élections communales dans les arrondissements où les femmes sont les plus autonomes peut s’avérer une stratégie gagnante en termes de mobilisation électorale, mais aussi pour affaiblir le monopole politique du PJD.






Or, à l’issue du premier tour, se pose la question de la désignation des présidences de commune. Dans ce cas, les femmes apparaissent particulièrement pénalisées. En effet, seules trois communes rurales sur 215 (soit 1,4%), sont présidées par des femmes : Arbaoua (province de Kénitra) depuis 2009, par Fatna Lkhiyel, figure politique de premier plan du Mouvement populaire, qui a été entre autres, députée de 2002 à 2016, vice-présidente de la Chambre des représentants de 2003 à 2008 et qui est depuis 2017, secrétaire d’Etat chargée de l’Habitat ; Oulad Ziane (province de Berrechid) présidée depuis 2009 par Wafaa El Bouamri, elle aussi membre du bureau politique du Mouvement populaire ; et enfin Laatatra (province de Sidi Bennour) par Kaltoum Naim du RNI, jeune femme de 26 ans le jour de son élection, déjà conseillère communale et provinciale en 2009, fille de l’ancien chef de cercle de Sidi Bennour, Mohammed Naim, qui a réussi à être candidate principale dans une circonscription disposant d’un siège féminin complémentaire, faisant de sa circonscription une des très rares circonscriptions doublement féminine.
Ces trois parcours d’exception attestent de la difficulté de l’affirmation d’un leadership politique féminin. Ces trois présidentes de communes font parties des 25 femmes qui ont été élues en dehors des sièges complémentaires. La première étape vers la présidence est donc l’investiture comme candidate principale dans une circonscription uninominale.
De même, seuls trois arrondissements sur 26 sont présidés par des femmes. Hassan à Rabat, par Souad Zekhnini (PJD), Tabriquet et Bettana à Salé par Karima Boutkhil (PJD) et Rachida Hayel (MP), faisant de Salé la ville où les femmes occupent le plus de fonction à responsabilité.
En revanche, aucune femme n’est présidente d’arrondissement à Casablanca ni au sein du conseil communal de Casablanca. Les femmes sont reléguées aux fonctions secondaires de 6e, 9e et 10e vice-présidentes. C’est une régression par rapport aux scrutins précédents de 2003 et 2009, durant lesquels l’istiqlalienne Yasmina Baddou avait été élue présidente de l’arrondissement d’Anfa.
En 2015, l’arrondissement d’Anfa dispose de la plus forte représentation féminine du Maroc du fait de cet héritage, Yasmina Baddou étant toujours tête de liste pour défendre son mandat.Une stratégie imitée par le PAM et amenant les autres partis, comme le PJD, à placer des femmes en position éligible dans la liste principale. Cependant, le PJD n’a pas souhaité, comme à Salé ou Rabat, promouvoir des femmes à Casablanca.
Enfin, aucune municipalité des deux régions n’est présidée par une femme, faisant véritablement de cet échelon l’un des angles morts de la féminisation.
Les dynamiques partisanes n’ont pas favorisé l’accès des femmes aux présidences de commune. En effet, les partis n’ont que très rarement soutenu des candidatures féminines de premier plan et cela tout particulièrement à Casablanca et Rabat. Le parcours de Yasmina Baddou en 2003 et 2009 fait donc figure d’exception. En 2015, cette dynamique est nationale, aucune femme n’étant élue à la tête d’une grande métropole marocaine comme le fut Fatima-Zahra Mansouri en 2009 à Marrakech. Les rares femmes présidentes de communes se sont affirmées principalement dans des villes périphériques plus petites comme Azilal, Jerada ou Drargua et surtout dans des communes rurales. Le système d’élection à deux tours pour désigner les présidences s’avère donc très défavorable aux femmes, du fait d’une faible volonté des partis à les promouvoir aux fonctions clés. Car si les femmes représentent 21% des conseillères communales, elles ne sont que 17 à présider une commune soit 1,1% des communes marocaines. De même, si elles représentent 37,6% des conseillères régionales, aucune région n’est présidée par une femme. Enfin, elles ne représentent que 4% des conseillers provinciaux et préfectoraux, élus au suffrage indirect et seul, le conseil préfectoral de Marrakech est présidé par une femme. A cela s’ajoute, qu’au sein des différents conseils, les femmes sont systématiquement reléguées à des fonctions secondes et ont très rarement accès aux fonctions clés que sont par exemple les finances ou l’urbanisme. Féminiser les collectivités territoriales s’avère donc un défi immense à relever pour les élections de 2021.
]]>Cependant, l’analyse territorialisée des dynamiques sociales et des comportements électoraux révèlent des configurations contradictoires à l’échelle des communes marocaines. On peut dès lors se demander si cadre réglementaire et pratiques partisanes sont en accord avec la situation sociale des femmes ?
Dans cette première partie, Alicia François et David Goeury proposent une analyse fine des dynamiques d’autonomisation des femmes, à partir d’une série d’indicateurs liés aux niveaux d’éducation, à l’âge au mariage, à la fécondité, au taux d’activité et à l’accès à des revenus monétaires directs. Ils mettent en avant la complexité des disparités territoriales selon les milieux de vie.
Dans une seconde partie à paraître, ils s’intéresseront cette fois à la représentation politique des femmes au sein des conseils élus. Et montreront que la logique règlementaire adoptée a favorisé la féminisation dans les communes les moins peuplées du royaume, sans pour autant renforcer l’accès des femmes aux fonctions politiques clés et notamment les présidences des différents conseils.
Pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, A. François et D. Goeury proposent une analyse des dynamiques communales à l’échelle nationale qu’ils déclinent à l’échelle des régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra pour mieux saisir l’ampleur des disparités territoriales au sein des deux régions les plus dynamiques du royaume. Pour cela, ils mettent en perspective les données du recensement général de la population et de l’habitat de 2014 avec les données électorales des élections communales de 2015.
Nous choisirons ici de comparer trois milieux de vie :
La question de l’autonomie des femmes est difficile à mesurer tant les indicateurs choisis relèvent de perceptions préétablies selon un modèle de société. Aujourd’hui, les organisations internationales privilégient la poursuite des études, l’âge au mariage, la fécondité, le salariat ou l’entrepreneuriat dans un cadre réglementaire. Cependant, il faut souligner que ces phénomènes ne sont pas systématiquement corrélés, notamment dans le cas marocain où la poursuite d’études secondaires et supérieures s’est accrue depuis 2004, tout en étant accompagnée d’un âge au mariage plus précoce qui est de 25,7 ans en 2014 contre 26,3 ans en 2004.
Par conséquent, les disparités à l’échelle nationale en fonction des provinces mais surtout des milieux de vie nécessitent une analyse approfondie.
Dans les arrondissements, seules 26,5% des femmes sont analphabètes tandis que 12,04% sont diplômées du supérieur. En revanche, dans les municipalités, le taux d’analphabétisme est de 10 points supérieur (36,8%) tandis que la part des diplômées du supérieur est divisée par deux, avec 5.8%. Enfin, dans les communes rurales, le taux d’analphabétisme féminin est extrêmement élevé, 60.5%, tandis que les femmes diplômées du supérieur sont très peu nombreuses, 1.02% en moyenne.




Ces niveaux d’éducation très différenciés se traduisent par une différence d’âge au mariage des femmes relativement faible entre les arrondissements (27,8 ans), les municipalités (25,8 ans) et les communes rurales (25,3 ans) ; l’avancée de l’âge au mariage de 2004 à 2014 ayant concerné les villes comme les campagnes.
De même, le comportement démographique converge avec l’indice synthétique de fécondité (ISF) de 1,8 enfant par femme pour les arrondissements, 2,1 dans les municipalités et 2,5 dans les communes rurales. Or, là encore, la fécondité des femmes rurales a continué à baisser, tandis que celle des femmes urbaines a légèrement progressé depuis 2004. Désormais, seules 260 communes ont un taux supérieur à 3, et 30 ont un taux compris entre 4 et 5. En effet, les femmes les moins éduquées imitent les femmes les plus éduquées notamment afin de pouvoir garantir une éducation de qualité à leurs enfants.
Ainsi, le taux de scolarisation des filles de 7 à 12 ans est de 98,1% dans les arrondissements, de 97,5% dans les municipalités et de 90% dans les communes rurales.






Les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra s’inscrivent dans la même logique, même si les femmes ont un niveau d’éducation légèrement plus élevé. Dans les arrondissements de Casablanca, Rabat et Salé (26 communes où résident 4,8 millions d’habitants), seules 23% sont analphabètes tandis que 13% ont un niveau d’étude supérieur. De même, dans les municipalités des deux régions (49 communes pour 3,1 millions d’habitants), 33% des femmes sont analphabètes et seulement 6,7% sont diplômées du supérieur. Enfin, dans les communes rurales (215 communes pour 3,4 millions d’habitants), plus de 60% sont analphabètes comme dans les autres communes rurales du royaume ; cependant, 3,08% des femmes y sont diplômées du supérieur.






Ces niveaux d’éducation différenciés se traduisent dans les arrondissements de Casablanca, Rabat et Salé par un âge au mariage plus tardif, qui dépasse les 28 ans et un indice synthétique de fécondité plus faible, 1,7 enfant par femme. En revanche, la fécondité dans les municipalités et les communes rurales des deux régions est identique à celles du reste du royaume avec respectivement 2,1 enfants et 2,5 enfants par femme, alors que l’âge au mariage y est plus précoce avec 25,5 ans dans les communes urbaines et 23,6 ans dans les communes rurales. Par conséquent, il apparaît que la précocité de l’âge au mariage a peu impacté la fécondité : une seule commune conserve un ISF supérieur à 4 et 33 communes un ISF supérieur à 3.
Par ailleurs, au sein des 12 communes présentant un indice de fécondité inférieur ou égal à 1,5 se retrouvent aussi bien huit arrondissements de Rabat et Casablanca concentrant les diplômées du supérieur comme Souissi, Agdal-Riyad mais aussi deux petites communes rurales isolées de la province de Khémisset, Ait Buyahya El Hajjama et Ait Malek, qui comptent moins de 1% de femmes diplômées du supérieur. Il apparaît donc une très forte convergence des comportements démographiques entre les différents milieux de vie et cela indépendamment du niveau d’éducation.




Les taux de scolarisation des filles de 7 à 12 ans sont comparables aux autres communes du royaume : 98,3% dans les arrondissements, 97,4% dans les municipalités et 90% dans les communes rurales. Seules 15 communes rurales au sein de ces deux régions ont un taux de scolarisation des filles inférieur à 80% ; c’est la commune rurale de Bouqachmir dans la province de Khémisset qui, avec 71%, affiche le plus faible taux. La progression du taux de scolarisation des filles est fortement corrélée à la baisse de la fécondité.


Éducation secondaire ou supérieure, âge plus tardif au mariage et surtout diminution de la fécondité ouvrent normalement la possibilité d’accéder au marché de l’emploi et ainsi à une participation accrue à la vie économique en dehors de la sphère domestique. L’accès à des revenus monétaires directs sans passer par une autorité familiale est considéré comme le véritable indicateur d’autonomie des femmes. Or, les tendances nationales de 2004 à 2014 sont assez complexes.
Le taux de scolarisation, le pourcentage de diplômées universitaires ont progressé, ce qui indique un accès grandissant à l’éducation formelle et à un investissement des familles pour permettre aux filles d’accéder à des compétences en vue d’une autonomie économique. Cependant, ce processus amène aussi à une mise en invisibilité du travail des femmes qui sont rapidement cantonnées dans la sphère domestique par les recenseurs, qui déploient un idéal type d’emploi selon les standards internationaux, soit une participation directe à des activités marchandes.
Ainsi, il faut souligner plusieurs différences entre le recensement de 2004 et celui de 2014. Premièrement, en 2004, les recenseurs prenaient en compte le travail des enfants à partir de l’âge de 7 ans, alors qu’en 2014, les actifs sont recensés uniquement à partir de l’âge de 15 ans. Le phénomène a certes fortement baissé, seuls 1,5% des enfants de 7 à 15 ans travaillaient en 2014 (62 000 enfants dont 39,9% de filles), mais il existe toujours de manière résiduelle sans apparaître dans le recensement.
Ensuite, il semble important de s’interroger sur la déclaration d’activité. En effet, dans certaines communes rurales, le nombre de femmes actives a fortement baissé entre 2004 et 2014. Ainsi, deux communes rurales limitrophes, Khouzama et Siroua, sises dans la province de Ouarzazate, connues pour leur production de tapis, ont vu le nombre de femmes actives évoluer différemment : la commune de Khouzama qui a le deuxième plus fort taux d’activité féminin du royaume en 2014 (70%) est passée de 2 170 femmes actives à 2 150 en 10 ans, conservant le même nombre de femmes déclarées comme indépendantes et comme femmes aides familiales. En revanche, la commune de Siroua est passée de 2 215 femmes actives à 1 217, (soit 998 femmes désormais recensées comme inactives), dont 60% sont considérées comme indépendantes et 40% comme aides familiales. Ces divergences interrogent donc sur les choix opérés lors du recensement de 2014 pour classer les femmes entre indépendantes, aides familiales et actives.
Par conséquent, à l’échelle nationale, le taux d’activité a diminué et le nombre de femmes actives est passé de 2,65 millions à 2,51 millions amenant à un resserrement de la mesure de l’activité autour du salariat qui couvre désormais 71% des emplois féminins et tout particulièrement le salariat privé avec 57,3% des emplois. 1,4 million de femmes sont désormais salariées dans le privé contre 823 000 en 2004. De même, les salariées dans le public sont passées de 257 000 à 350 000. Il faut aussi noter que les femmes employeurs ont été multipliées par trois, atteignant 50 000 femmes. Par conséquent, l’accès aux emplois de qualité s’est amélioré pour les femmes marocaines.
En revanche, le nombre de femmes indépendantes stagne à 350 000 et surtout le nombre de femmes aides familiales a été divisé par deux. Se pose alors la question de savoir si cela traduit une véritable mise en retrait des femmes des activités économiques familiales ou au contraire, un biais statistique qui ignore la participation de ces dernières à de petites entreprises familiales du fait de leur non déclaration.
Cette situation peut aussi être expliquée par un changement d’horizon des femmes. Ces dernières, du fait d’un accès à l’éducation accrue, souhaitent désormais accéder à des emplois salariés de qualité. Or, malgré un accès plus important au salariat, le marché de l’emploi apparaît comme incapable de répondre aux attentes des femmes qui se déclarent désormais au chômage ; ainsi le taux de chômage de ces dernières s’est hissé à 29,6%.
Or, cette configuration amène de très importantes disparités spatiales entre les communes, car les emplois salariés privés restent massivement concentrés dans les zones économiques les plus dynamiques et notamment les centres métropolitains. En ce qui concerne les indicateurs de l’activité et du chômage, les arrondissements présentent un taux d’activité féminin plus élevé, 29,9% et un taux de chômage féminin de 26,4%. Au sein des municipalités, le taux d’activité chute de 10 points à 19% tandis que le taux de chômage progresse de 12 points à 38,6% ; enfin dans les communes rurales, le taux d’activité féminin baisse encore à 11,6% tandis que le taux de chômage s’établit à 35,2%.


Les communes rurales peuvent se caractériser par un très faible taux d’activité et un très faible taux de chômage : les femmes ayant renoncé à chercher un emploi salarié du fait de l’inexistence de ces derniers en milieu rural alors que dans certains arrondissements populaires des grandes métropoles et de nombreuses villes moyennes, de nombreuses femmes sont à la recherche active d’un emploi salarié même si ces derniers sont rares.
Dans les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, ces clivages sont encore plus forts du fait de la dynamique économique très forte des métropoles. Ainsi, les arrondissements et les municipalités ont des taux d’activité féminin plus élevés de 5 points (respectivement 34% et 24%), tandis que celui des communes rurales est légèrement plus faible (11,2%). Par ailleurs, les taux de chômage féminin sont plus faibles : 25,6% pour les arrondissements, 32,3% pour les municipalités et 33,3% pour les communes rurales. Ainsi, les communes disposant des plus forts taux d’activité, soit supérieurs à 40%, ont un taux de chômage féminin inférieur à la moyenne nationale de 13 points avec 16,1%. En revanche, le taux de chômage féminin dépasse 50% dans 40 communes qui ont un taux d’activité féminin moyen de 8,7%.




Au sein des deux régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra, les inégalités socio-territoriales sont donc particulièrement élevées malgré la relative proximité entre les communes. Agdal Ryad à Rabat présente ainsi une configuration exceptionnelle, avec un taux d’activité féminin de 47,4%, un chômage féminin très faible (11.1%), couplé à un taux d’éducation du supérieur de 39,3%, d’un ISF de 1,5 et d’un âge au mariage parmi les plus tardifs (30 ans), comparable aux standards des pays les plus avancés. Cette configuration se retrouve dans l’arrondissement de Rabat Souissi mais aussi dans la petite commune littorale d’Harhoura, de 15 361 habitants en 2014 qui abrite de nombreux cadres travaillant à Rabat. Ces deux communes ont un taux de diplômées du supérieur dépassant les 30%, contre 5,4% à l’échelle nationale. Cette singularité est à comprendre dans le cadre de découpages administratifs associés à des politiques d’aménagement, privilégiant les zones villas et les immeubles de standing favorisant une forte sélection sociale. Les autres arrondissements présentant des taux particulièrement élevés de diplômées du supérieur sont en fait beaucoup plus peuplés et aussi beaucoup plus mixtes socialement, comme Hassan à Rabat, ou Al Maarif, Anfa, Assoukhour Assawda à Casablanca qui dépassent les 15% de diplômées du supérieur.
Ces communes sont aussi celles qui disposent des taux d’activité féminin les plus élevés. Ils dépassent les 40% uniquement dans sept communes : les arrondissements de Rabat (Agdal Ryad, Souissi, Hassan) avec la commune de Touarga liée au Palais royal et deux arrondissements de Casablanca (El Maarif, Anfa), auxquels s’ajoute la commune d’Harhoura, présentée précédemment. En revanche, les plus faibles taux d’activité féminin se trouvent dans des communes rurales, dont 26 ont un taux inférieur à 5%. Au sein de ces communes, seules 0,6% des femmes sont diplômées du supérieur. Cependant, leur fécondité fluctue entre 1,9 et 4,2, de même le taux de scolarisation des filles de 7 à 12 ans varie entre 71% et 95,6%, attestant de situations familiales et scolaires très différentes. Quelques communes présentent un cumul d’indicateurs attestant de leur maintien dans une dynamique très peu favorable aux femmes comme Bni Yagrine dans la province de Settat, où seules 36 femmes sur 6 178 sont déclarées comme actives ; aucune n’est diplômée du supérieur, seules 2,1% ont poursuivi des études secondaires, tandis que seulement 75,2% des filles sont scolarisées, l’indice synthétique de fécondité restant particulièrement élevé avec 3,2 enfants par femmes.
Malgré un cadre réglementaire qui renforce l’autonomie des femmes, il apparaît que le Maroc a été marqué par une phase complexe de régression durant la dernière décennie. Avancée de l’âge au mariage des femmes, recul du taux d’activité féminin et augmentation du taux de chômage des femmes apparaissent comme divergentes du cadre juridique et des efforts de promotion des femmes. Cependant, les phénomènes sont plus complexes : les femmes ont bénéficié d’un accès plus important à l’emploi salarié, à la création d’entreprises grâce à un niveau d’éducation plus élevé amenant à un changement d’horizon économique. Or, seuls quelques quartiers des grandes métropoles concentrent les opportunités pour les femmes amenant à une polarisation croissante du territoire marocain et des inégalités grandissantes entre ces métropoles et le reste du territoire.
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