Deprecated: Optional parameter $output declared before required parameter $attr is implicitly treated as a required parameter in /home/taframa/old.tafra.ma/wp-content/themes/voice/core/extensions.php on line 166 Warning: Cannot modify header information - headers already sent by (output started at /home/taframa/old.tafra.ma/wp-content/themes/voice/core/extensions.php:166) in /home/taframa/old.tafra.ma/wp-includes/feed-rss2.php on line 8 comportement électoral – Tafra http://old.tafra.ma Mon, 22 Jun 2020 13:51:37 +0000 en-US hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.1.10 Dotation en services publics et compétition politique à l’échelle locale : une histoire de fractionnement social ? http://old.tafra.ma/dotation-en-services-publics-et-competition-politique-a-lechelle-locale-une-histoire-de-fractionnement-social/ Mon, 22 Jun 2020 13:50:07 +0000 http://old.tafra.ma/?p=4891 Introduction

Comment les structures sociales façonnent les incitations des responsables politiques locaux à répartir les ressources entre les communautés ? C’est à cette question que tentent de répondre les chercheurs Cesi Cruz (Université de la Colombie-Britannique), Julien Labonne (Université d’Oxford) et Pablo Querubín (Université de New York) dans un article dédié aux liens entre la structure des réseaux sociaux dans les communautés locales et la dotation en biens publics aux Philippines.

Dans cet article, les auteurs analysent comment des réseaux sociaux plus ou moins structurés au sein de villages philippins sont susceptibles de conditionner les stratégies de distribution de biens publics des politiciens locaux. Ils soutiennent l’idée selon laquelle le fractionnement social au sein d’une communauté – c’est-à-dire le fait qu’une communauté soit faiblement soudée autour de son chef – produit des effets tant en termes de fourniture de biens publics que de compétition électorale au niveau local.

Selon eux, dans les villages où les liens entre habitants et chef de clan sont denses, c’est-à-dire dans les villages dits peu fractionnés, les chefs de clan concentrent de manière plus efficace l’influence politique. La densité de ces liens est évaluée par le réseau de relations familiales existant entre le chef et chaque habitant, sur la base des mariages qui lient des membres de leurs familles respectives. En conséquence, ces chefs de villages peu fractionnés sont en capacité de convaincre efficacement la grande majorité des membres du clan de voter pour un homme politique local particulier (généralement le maire ou assimilé). En échange de ce soutien électoral, l’homme politique accorde au chef de clan des transferts privés, ciblés et exclusifs à son groupe. Ce qui s’apparente à une forme de capture des ressources par l’élite locale, au détriment de la fourniture en services publics à l’ensemble de population du village.

Cette thèse comporte deux implications majeures, objet des principales investigations des auteurs dans cet article. La première implique que plus un village est fractionné, plus il bénéficie, de la part des hommes politiques locaux, d’une fourniture élevée en bien publics. La deuxième se caractériserait par une compétition politique plus forte dans les villages les plus fractionnés.

Pour cette étude, les auteurs se sont appuyés sur des données à grande échelle relatives aux réseaux familiaux d’environ 20 millions d’individus, dans plus de 15 000 villages, à travers 709 municipalités des Philippines. Pour reconstruire les réseaux familiaux et déterminer si un village est plus ou moins fractionné, les auteurs ont utilisé les données collectées pour le Système national de ciblage des ménages pour la réduction de la pauvreté (NHTS-PR). Réalisée entre 2008 et 2010, cette enquête rapporte plusieurs caractéristiques socio-économiques des ménages philippins : sexe, âge, niveau d’éducation et catégorie professionnelle de chaque membre du ménage. Des données additionnelles issues du recensement de la population et d’enquêtes électorales menées entre 2010 et 2013 ont également permis d’analyser la compétition politique. Ces données ont ensuite fait l’objet d’analyses statistiques.

Eléments de contexte sur le cas philippin

Aux Philippines, la dotation en biens publics est en partie du ressort des maires élus, dont les budgets dépendent principalement des transferts du gouvernement central. Les maires répartissent leur budget entre les différents barangays (villages) composant la municipalité. Tous les trois ans, chaque barangay élit également un capitaine de barangay (chef de village) et un conseil de barangay. Ceux-ci assistent le maire dans la mise en œuvre des programmes municipaux.

Les clans constituent les acteurs essentiels de la vie sociale et politique philippine. Il s’agit d’un ensemble de familles liées entre elles par la parenté ou le mariage et dont les relations d’échange entre les membres sont régies par des normes bien établies de coopération et de réciprocité. Les alliances politiques au niveau local impliquent souvent d’obtenir le soutien des chefs de clan.

Ces derniers, avec les responsables des barangay, servent souvent d’intermédiaires entre les candidats municipaux et les membres de leur clan ; ils veillent à ce que ceux-ci votent comme convenu pour tel candidat et que la contrepartie financière de ce vote soit versée aux familles.

Ces caractéristiques de la société philippine impliquent que les politiciens municipaux obtiennent souvent un grand nombre de votes en ciblant les transferts et les services privés aux membres de grands clans. Transferts réalisés le plus souvent au détriment de la dotation en biens publics, susceptibles de profiter à l’ensemble des habitants du village.

Une approche du politique autour de la notion de fractionnement

Le fractionnement aurait un effet sur la fourniture de biens publics et la compétition politique.

Lorsqu’au sein d’un village, le fractionnement social est fort, le chef de clan y a une influence politique relativement faible. Ce qui se traduit par plus de difficultés à rassembler un grand nombre d’habitants autour de lui, et donc à faire élire un homme politique local avec lequel il aurait passé un accord.

Dans ces villages fractionnés, les maires seraient moins encouragés à passer des accords en vue d’obtenir des voix en échange de transferts privés mais plutôt incités à fournir davantage de biens publics (construction d’écoles, de lycées, de centres de soins, etc.) à la population locale, pour s’assurer de son adhésion et d’un plus grand nombre de voix.

Par ailleurs, les villages les plus fractionnés se caractériseraient par une compétition politique plus forte, dans la mesure où les chefs de clan seraient moins en capacité d’influencer les décisions de candidature et de vote des habitants du village. Davantage de candidats devraient donc se présenter dans les villages fractionnés, et l’écart de votes entre eux devrait être relativement faible.  

Pour rendre compte du fractionnement, les auteurs se sont centrés sur les mariages entre familles et entre clans au sein de chacun des villages étudiés. Une tâche facilitée par la structure très spécifique des noms de famille aux Philippines, qui permet d’identifier les lignages entre familles de façon très précise. En étudiant la manière dont la population de chaque village est répartie entre les différents clans, les auteurs ont ainsi calculé un indice de fractionnement dont l’utilisation a été centrale dans leurs calculs statistiques. Cet indice peut s’interpréter comme la probabilité pour deux familles sélectionnées au hasard dans un village d’appartenir à des clans différents.

Fractionnement social et fourniture de biens publics

Pour étudier la relation entre fractionnement social et fourniture de biens publics, les auteurs ont préalablement identifié si un barangay possédait une école primaire, un lycée, un marché public, un centre de santé ou un réseau d’eau courante.  

Il ressort des calculs effectués que le fractionnement social est positivement corrélé à la fourniture de biens publics au niveau du village. En comparant un village au fractionnement moyen à un village au fractionnement élevé (soit une augmentation d’un écart-type du fractionnement social), la probabilité qu’un centre de santé soit présent augmente de 6 points de pourcentage ; ce qui représente une augmentation de 10 % par rapport à la moyenne des villages étudiés par les auteurs.

Ainsi, plus un village est fractionné, plus la fourniture de biens publics y augmenterait. Ces résultats suggèrent que les décisions des maires de fournir des biens publics dans les différents villages qui composent leur municipalité varient en fonction de la structure sociale du village.

Moins celui-ci est fractionné – et donc plus il structuré autour d’un ou plusieurs clans puissants -, plus le(s) clan(s) seront susceptibles de capter directement les richesses, ce qui mènera à une sous-allocation en biens publics de la part de la municipalité.

Fractionnement social et compétition politique

Pour analyser l’influence politique des chefs de clans sur les habitants des villages, les auteurs se fondent sur une enquête au cours de laquelle les habitants devaient nommer qui et combien de personnes avaient, politiquement parlant, de l’influence sur eux.  Il semblerait que l’influence politique soit moins concentrée dans les villages très fractionnés : une augmentation d’un écart-type du fractionnement social est associée au fait de nommer environ un leader politique influent supplémentaire. De la sorte, un fractionnement social plus élevé semble saper la capacité d’un petit groupe de membres de l’élite (par exemple, les chefs de clan) à exercer une influence disproportionnée sur les choix politiques des habitants du village. En effet, plus le fractionnement social est fort, plus les habitants semblent influencés politiquement par un nombre plus grand d’individus.

Pour mesurer la compétition politique, les auteurs analysent la marge de victoire (part de vote du candidat ayant reçu le plus de voix dans cette circonscription moins la part de vote du second) et le nombre de candidats en lice. Ils combinent ces mesures en un unique indice de compétition politique. A cet égard, les conclusions sont cohérentes avec les résultats précédents.

Le fractionnement social est en effet associé à un plus grand nombre de candidats se présentant aux élections villageoises et à des marges de vote plus étroites pour le candidat gagnant aux élections villageoises et municipales. Ainsi, une augmentation d’un écart-type du fractionnement social est associée à environ un candidat supplémentaire qui se présente aux élections du conseil du barangay. De même, une augmentation d’un écart-type du fractionnement social est associée à une diminution de la marge de victoire de près de 2 points de pourcentage, soit un effet total de près de 5 % par rapport à la moyenne des villages.

Dès lors, plus le fractionnement social au sein d’un village est élevé, plus la compétition politique y est forte, et plus l’influence politique exercée par un groupe très resserré d’individus est faible. C’est en définitive le signe d’une plus faible emprise des chefs de clans sur les choix politiques des habitants-électeurs du village.

Conclusion

Dans les démocraties faiblement institutionnalisées, où les hommes politiques locaux sont entièrement responsables de la prestation des services publics au niveau local, la cohésion sociale au sein des villages peut conduire à une fourniture très variable de biens publics. Ceci serait particulièrement le cas dans les contextes clientélistes, où les électeurs s’engagent avec les politiciens par l’intermédiaire de courtiers, que sont les chefs de clan et de barangay dans le cas des Philippines.

La principale contribution de cet article est de montrer en quoi l’influence politique de différentes communautés peut s’interpréter comme étant fonction de leur fragmentation sociale. Dans le cas philippin, une faible compétition politique et une faible dotation en biens publics dans un village donné est interprété par les auteurs comme le produit d’une organisation sociale peu fractionnée, c’est-à-dire organisée de manière très cohérente et cohésive autour du chef de clan. Une telle organisation déboucherait sur une captation des ressources par l’élite clanique locale. A l’inverse, on constaterait plus de fourniture en biens publics et de compétition politique dans les villages où les réseaux sociaux sont plus fragmentés.

En savoir plus

Référence : Social Network Structures and the Politics of Public Goods Provision: Evidence from the Philippines
DOI: 10.1017/S0003055419000789

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Tunisie. Les urnes à l’épreuve du genre http://old.tafra.ma/tunisie-les-urnes-a-lepreuve-du-genre/ Mon, 04 Nov 2019 07:00:28 +0000 http://old.tafra.ma/?p=3745 Par Alexandra Blackman et Marlette Jackson

Après la chute du raïs autocrate Zine El-Abidine Ben Ali en 2011, de nombreux activistes ont non seulement appelé à plus de justice sociale et de liberté, mais aussi à l’égalité des genres et à davantage de participation politique pour les femmes. Les organisations féministes et la société civile ont mis en place des marches pour les droits des femmes et fait pression sur le gouvernement et les partis politiques pour plus de représentation féminine en politique. En réponse, la Tunisie a requis dans son code électoral que chaque liste de parti ou de candidat indépendant inclue un nombre égal de femmes et d’hommes, dans le cadre d’une parité verticale selon un système d’alternance.

A l’occasion des élections municipales de 2018, le gouvernement tunisien est allé plus loin et a requis que chaque parti inclue une femme comme tête de liste dans la moitié des listes présentées par circonscriptions. Bien que ces politiques soient historiques pour la Tunisie et que la représentation politique des femmes ait presque doublé au cours de la dernière décennie, l’on ignore largement comment les électeurs perçoivent les politiciennes et leurs programmes politiques.

L’on sait qu’en dépit de backgrounds similaires, les femmes sont systématiquement sous-évaluées par rapport à leurs homologues masculins, car perçues comme moins compétentes et moins puissantes. Afin d’expliquer pourquoi les femmes en position de leadership font face à de tels défis, la psychologue sociale Alice Eagly a développé la théorie de la “conformité de rôle”, qui avance que les individus sont évalués positivement s’ils confirment ce que la société attend d’eux. Au contraire, ils sont évalués négativement s’ils contredisent ce que la société attend d’eux. Certains chercheurs ont montré que les femmes emploient souvent des stratégies conformes à leur genre (par exemple, se focaliser sur des questions comme les problèmes des femmes, la santé et l’éducation) quand elles poursuivent des positions de leadership, et ce pour éviter d’être pénalisées pour une hypothétique transgression. A l’opposé, d’autres chercheurs ont montré que les femmes qui emploient des stratégies conformes aux notions classiques de leadership (en se focalisant par exemple sur des questions comme la défense ou la sécurité) améliorent la perception des électeurs potentiels quant à leurs qualités de leadership et leur capacité à réussir.

Dans cet article, nous étudions, dans le cadre d’un sondage, les effets de genre dans l’appui des électeurs en Tunisie, et ce selon le sexe d’un.e. candidat.e et son programme politique. Notre sondage en ligne a touché un échantillon de près de 600 répondants inscrits sur la plateforme YouGov.com. L’expérience, appelée « expérience conjointe », consiste à montrer au répondant deux candidats fictifs générés au hasard et à lui demander s’il préfèrerait voir l’un ou l’autre en tête de liste. Aussi, nous avons varié le genre (homme/femme) et le programme du candidat, en incluant des sujets traditionnellement liés aux femmes (améliorer les  droits des femmes), des sujets qui signalent un leadership fort (améliorer la sécurité), et des sujets plus neutres (améliorer la situation économique et combattre la corruption). Pour plus de réalisme, nous avons aussi varié d’autres caractéristiques du candidat, comme son âge, son niveau d’études ou son parti (Figure 1). L’analyse de ces résultats permet de déterminer combien chacun de ces attributs influe sur la probabilité de choisir le candidat. Notre analyse a également séparé les répondants aux valeurs plus patriarcales de ceux aux valeurs plus égalitaires.

Figure 1. Notre expérience conjointe. Capture d’écran du sondage conduit sur YouGov.com.

Nos résultats (Figure 2) montrent que les candidates tunisiennes sont confrontées à des préjugés de genre de la part des électeurs, même si cela concerne principalement les électeurs aux attitudes patriarcales. Les répondants aux valeurs égalitaires sont, quant à eux, tout aussi disposés à choisir un homme ou une femme en tête de liste. Les répondants aux valeurs patriarcales sont, de leur côté, moins disposés à nommer une femme en tant que tête de liste (près de 7 points de pourcentages en moins).

Figure 2. Principaux résultats de l’analyse conjointe. Les points représentent l’impact d’une caractéristique sur la probabilité de choisir un candidat. Les barres représentent l’intervalle de confiance à 95%.

Nous montrons aussi que les candidats (hommes ou femmes) qui font campagne avec un programme axé sur la sécurité ont plus de chance d’être nommés tête de liste que s’ils faisaient campagne sur un programme axé sur les droits des femmes, et ce tant pour les répondants aux valeurs patriarcales que pour ceux aux valeurs égalitaires.

Notre étude montre ainsi que les candidats – hommes ou femmes – qui mettent en avant des programmes conformes aux stéréotypes associés au leadership politique (en l’occurrence, la sécurité) peuvent augmenter leur soutien électoral. Or, une fois élus, les politiciens semblent renforcer ces préjugés. En examinant la composition des commissions parlementaires (Figure 3), on observe que les femmes sont surreprésentées dans la Commission des affaires de la femme, de la famille, de la jeunesse et des personnes âgées, et qu’elles sont sous-représentées dans la Commission de la sécurité et de la défense.  Ainsi, les hommes tendent à obtenir des positions qui augmentent leurs chances de réélection, tandis que les femmes risquent d’être moins considérées ou récompensées par les électeurs pour leur travail au Parlement ou le service public qu’elles rendent. Ces considérations sont particulièrement importantes au vu des élections d’octobre 2019, où la part de femmes politiques a diminué au Parlement, passant de 30 à 25%.

Figure 3. Représentation des femmes au sein des commissions du Parlement tunisien. La barre verticale représente la part des femmes politiques au Parlement.

Pour conclure, notre recherche montre que les femmes tunisiennes sont toujours confrontées à des stéréotypes de genre de la part des électeurs. Tant les femmes politiques — en tous cas pour les électeurs aux valeurs patriarcales — que les programmes axés sur les questions relatives aux femmes restent largement impopulaires.

Ainsi, si les quotas de genre ont été une étape importante pour promouvoir la représentation politique des femmes, un moyen essentiel d’améliorer leur poids politique serait d’accroître les possibilités pour les femmes politiques d’occuper des postes à responsabilités qui ne soient porteurs de stéréotypes associés aux femmes. Par exemple, nommer des femmes à la tête de commissions parlementaires portant sur la sécurité ou la défense pourrait créer une association positive entre femmes et leadership sur des questions cruciales dans l’esprit des électeurs.

En savoir plus

DOI: 10.1007/s11109-019-09582-5
Manuscrit pré-publication

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Y a-t-il un « vote hassani » ? http://old.tafra.ma/ya-til-un-vote-hassani/ Mon, 18 Mar 2019 10:34:16 +0000 http://old.tafra.ma/?p=3140 Ces langues locales sont fortement territorialisées ; le hassania est utilisé principalement dans les provinces sahariennes, le tachelhit dans la grande région du Souss, le tamazight dans le centre Est du pays et le tarifit au Nord. Or, la question linguistique reste au cœur des mobilisations politiques et ce, malgré la reconnaissance constitutionnelle des langues amazighes en 2011.

A partir des bases de données de Tafra, Nato Tardieu et David Goeury s’interrogent sur l’existence ou non d’une corrélation entre langue locale et comportement électoral et croisent, pour y répondre, les données du recensement de 2014 avec les résultats électoraux des communales de 2015.

Du fait de la territorialité des langues, chacune sera traitée séparément. Après avoir traité des langues amazighes, dans ce quatrième papier, ils s’intéressent au hassania.

Une langue concentrée dans le sud du Pays

Avec 320 000 locuteurs, le hassania diverge des autres langues locales. Contrairement aux langues amazighes étudiées précédemment, il fait partie de la famille des langues arabes, étant plus proche de l’arabe classique que la darija. Bien qu’il soit numériquement la moins utilisée des langues locales au sein du Royaume, il a une forte dimension internationale. En effet, le hassania est la langue maternelle de 89% des Mauritaniens et s’étend sur une partie de l’Algérie, du Mali et du Sénégal car parlé par des populations sahariennes nomades.

Au Maroc, ses locuteurs sont concentrés au sein de trois régions : Laâyoune – Sakia El Hamra (149 243 locuteurs soit 41%), Guelmim – Oued Noun (98 960 locuteurs soit 32%) et Dakhla – Oued Ed Dahab (34 499 locuteurs soit 11%). Du fait des dynamiques migratoires et de la forte attractivité économique des grandes villes, le hassania est désormais minoritaire dans toutes ces régions, à l’exception de la province d’Assa – Zag, où elle reste majoritaire. La ville d’Assa est également la seule commune du royaume où le hassania est parlé par la majorité de la population (58%). Cependant, le hassania est la langue locale la plus urbanisée du Maroc : 75% de ses locuteurs vivent en ville.

En 2014, Laâyoune est la première ville hassanie du royaume, avec plus 100 000 locuteurs sur 217 000 habitants. Elle concentre 31% de tous les locuteurs du royaume. Avec Guelmim (31 000 locuteurs sur 118 000 habitants) et Dakhla (20 458 locuteurs sur 106 000 habitants), les trois capitales régionales abritent 50% des locuteurs du Maroc. Si l’on y ajoute les 5 chefs-lieux de province, Tan-Tan, Es-Semara, Boujdour, Assa et Tarfaya, ce sont alors 70% des locuteurs du royaume.

Les locuteurs hassanis sont en revanche très peu nombreux dans les autres grandes villes marocaines : Agadir n’en compte que 4 000 ; ils sont à peine 2 000 à Casablanca et un peu plus de 1 500 à Rabat.

En 2014, 510 communes n’avaient aucun locuteur en hassania, le Haut-Commissariat au Plan considérait que cette langue était absente de 34 provinces.

Seule la région de Laâyoune – Sakia El Hamra compte une majorité de communes avec un taux de locuteurs hassanis supérieur à 50% (11 communes sur 20) ; un tiers des communes pour la région de Guelmim – Oued Noun (17 communes sur 53) et un cinquième de celle de Dakhla – Oued Ed Dahab (3 communes sur 14).

Existe-t-il un comportement électoral hassaniophone ?

Selon le recensement (RGPH 2014), seules 50 communes ont un taux de hassaniophones supérieur à 10%. Parmi elles, 31 ont une majorité de locuteurs en hassania, seules 16 ont plus de 90% de leur population qui parlent hassania.

Cependant, les trois régions sont marquées par des hiatus très importants entre le recensement de la population en 2014 et les élections communales de 2015 : 16 communes comptent plus de votants que d’habitants, tandis que 9 affichent moins de 20% de votants sur l’ensemble des habitants. En effet, plusieurs communes se trouvent au-delà du mur de sable et ne sont donc pas habitées : Mijik, Zoug, et Aghouinite, auxquelles il faut ajouter Lagouira. D’autres, comme Tifirati, le sont très faiblement. A cela s’ajoutent de nombreuses petites communes périphériques des grandes agglomérations, qui souffrent d’un manque d’infrastructures ou d’opportunités économiques, mais où sont toujours inscrites les familles originaires.

Par conséquent, les chefs-lieux ont une très faible part de votants par rapport à leur population, la plus faible étant la ville de Dakhla (15%) qui abrite par ailleurs le siège de la province d’Aousserd et l’essentiel de la population civile de la région ; mais aussi Laâyoune, Guelmim, Es-Semara (21%) et Tan-Tan (25%). En outre, de nombreuses communes côtières sont investies par des pêcheurs saisonniers, originaires de régions différentes et ne participant pas aux élections locales. De même, les communes proches de la frontière contiennent de nombreuses casernes peuplées de militaires non votants, comme Zag, Al Mhabass, Bir Anzarane ou Gueltat Zemour. Par conséquent, on y dénombre peu de votants par rapport à leur population légale, qui est marquée par une forte masculinisation et très peu d’enfants. Au final, les locuteurs hassanis apparaissent les plus mobilisés lors des élections, autour de grandes familles issues des grandes tribus comme les Rguibat dans la région de Laâyoune ou les Oulad Dlim pour celle de Dakhla.

Au sein de 62 communes, l’Istiqlal arrive le plus souvent en tête lors des élections communales de 2015 (25 fois), suivi par le RNI (10), l’USFP (8), le MP (6) et le PAM (5) et enfin le PJD, le PA et le PRD (1 seule fois chacun).

Avec 68 126 voix sur 203 061 votes valides, l’Istiqlal rassemble le plus de suffrages (34%), suivi par le RNI (15%), l’USFP et le PJD (10%), le PAM (9%), le MP (7%), l’UC (4%), le PRV (1%) et le PA (1%). Le vote hassani pénalise donc les deux grands partis politiques du pays qui enregistrent des scores bien inférieurs à leur moyenne nationale : moins 11 points pour le PJD, moins 10 points pour le PAM malgré des velléités d’implantation très fortes. Le vote hassani privilégie sans conteste l’Istiqlal (+20 points) et dans une moindre mesure l’USFP et le RNI (+3 points chacun). Cette polarisation du vote s’explique principalement par l’importance de grandes familles politiques qui sont en compétition.

Dans la région de Guelmim – Oued-Noun, les communes majoritairement hassaniophones participent au maintien du fief de l’USFP, autour des Aït Oussa, tandis que le RNI est porté depuis Laqsabi Tagoust par le clan Bouaida qui a basé sa fortune sur les minoteries et les hydrocarbures avec le groupe Petrom. Cependant, la ville de Guelmim est sous l’autorité de l’USFP grâce aux frères Belfqih issus des Aït Baâmrane. Aux élections régionales, la vaste coalition mobilisée par le RNI a permis l’élection d’Abderrahim Bouaida à la présidence du conseil régional, grâce à une courte majorité au sein du conseil (20 élus contre 19). Reste que cette coalition s’est disloqueée avec le départ de trois de ses conseillers vers le groupe d’opposition, en mars 2017, amenant à un blocage du conseil régional.

En revanche, la région de Laâyoune- Sakia El-Hamra, hautement symbolique, est contrôlée par l’Istiqlal qui préside 55% des communes, dont les villes de Laâyoune et de Boujdour, et qui s’est ainsi octroyée la présidence de la région (20 sièges sur 39). Cette domination est incarnée par le clan des Ould Rachid. Ainsi, Haj Brahim Ould Rachid est le cheikh de la grande tribu Rguibat. Son frère, Khalihenna Ould Errachid, qui a défendu la marocanité du Sahara dès 1974, a été ministre des affaires sahariennes, député de Laâyoune, puis président du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes. Son autre frère, Moulay Haj Hamdi Ould Errachid, est député et président de commune de Laâyoune jusqu’à aujourd’hui.

Depuis 2015, la jeune génération prend progressivement la relève. Ainsi le fils d’Haj Brahim, Hamdi Brahim est élu président du conseil régional en 2015, tandis que le fils de Moulay Haj Hamdi, Sidi Mohammed est le 1er vice-président de la commune de Laâyoune et élu à la Chambre des conseillers, la même année. Leur prestige politique s’appuie sur un réseau d’entreprises familiales dans les secteurs du sable, des hydrocarbures, de l’immobilier et de la pêche. Moulay Haj Hamdi et son fils siègent à la Chambre de commerce et d’industrie et de services, présidée par un de leurs proches, Khalil Ould Rachid depuis 2015. La puissance de leurs réseaux économiques au Sud est telle qu’ils ont réussi à prendre les deux sièges à la Chambre des conseillers dédiés à la CGEM Sud (Souss-Massa, Guelmim – Oued Noun, Laâyoune – Sakia El Hamra et Dakhla – Oued Eddahab) en faisant élire Mohamed Salem et Moulay Brahim Cherif, qui ont immédiatement rejoint les rangs de l’Istiqlal aux dépens de la CGEM. De même, au sein de l’Istiqlal, ils jouent un rôle prépondérant, obtenant ainsi la direction de l’UGTM (syndicat attaché à l’Istiqlal) pour le gendre de Haj Brahim, Enaâm Mayara, également membre du conseil régional de Laâyoune.

D’autres grandes familles tentent de rivaliser avec le clan Ould Rachid. La famille Derham, dont le père fut un des fondateurs de l’UNFP, a déployé ses réseaux sur Laâyoune mais aussi à Dakhla, notamment en disposant d’importantes ressources financières grâce à leur groupe spécialisé dans les hydrocarbures, sous la marque Atlas.  Sous les couleurs de l’USFP, le fils Hassan a été élu député en 2007, tandis que son frère Slimane se faisait lui aussi élire député à Dakhla, la même année. Bien que président de la municipalité de El Marsa (province de Laâyoune) depuis 2009, Hassan a été élu en 2011 à Dakhla, tandis que sa sœur Rkia Derham était élue sur la liste nationale des jeunes et des femmes.

Mais ils vont être progressivement évincés de Laâyoune, puis de Dakhla par le clan des El Joumani, héritiers du célèbre Khatri Ould Sidi Saïd El Joumani, proche de Hassan II. Ainsi, sous l’étiquette MP, Sidi Sloh El Joumani a battu Slimane Derham pour la présidence de la commune de Dakhla en 2015, tout en se faisant élire à la Chambre des conseillers. Sidi Mokhtar El Joumani est quant à lui élu président à la Chambre des conseillers pour la région de Dakhla, à travers la Chambre des pêches maritimes de l’Atlantique Sud qu’il préside. Ce, avec le soutien de trois autres membres de la famille El Joumani, dont Sidi Sloh, eux-mêmes élus à la Chambre, toujours sous l’étiquette MP.

A Laâyoune, en 2016, c’est Sidi Mohammed El Joumani qui se fait élire sous l’étiquette PAM, après avoir été élu député de la circonscription d’Es-Semara sous l’étiquette RNI en 2011. La famille El Joumani dispose par ailleurs d’importants relais à Rabat, en la personne de Sidi Brahim El Joumani, député sous l’étiquette PAM depuis 2011, dans la circonscription Rabat-Chellah. Le clan Derham reste cependant présent à l’échelle nationale avec Rkia Derham, secrétaire d’État chargée du commerce extérieur depuis 2017. Elle a ainsi rejoint au gouvernement, l’autre jeune figure féminine du Sud, Mbarka Bouaida, secrétaire d’État chargée de la pêche maritime.  

Conclusion

Si les locuteurs hassanis sont extrêmement minoritaires, ils occupent une place de premier plan, du fait de l’importance des territoires sahariens depuis 1975. La politique locale s’est articulée autour de logiques de réseaux dynastiques, héritées de la Marche verte. Les figures qui ont soutenu la marocanité du Sahara ont ainsi établi des empires économiques et politiques, avec l’appui de la monarchie et de l’administration centrale. La faible densité de population et la particularité du peuplement ont alors exacerbé les rivalités entre notables, faisant de chaque vote un enjeu convoité. Ces derniers ont su maintenir leur influence, en misant sur plusieurs générations de figures politiques : aux pères fondateurs de l’avant-Marche verte ont succédé les fratries ; depuis quelques années, les familles élargies, permettant ainsi de faire émerger de nouvelles figures à même de renouveler le leadership familial. Ils ont ainsi résisté aux pressions du PAM qui avait pourtant fait des provinces sahariennes un de ses objectifs prioritaires en 2009 : le parti avait ainsi soutenu Mohamed Cheikh Biadillah, natif d’Es-Semara, ministre de la Santé, ancien wali, pour disposer d’un secrétaire général saharien, et ainsi briguer la présidence de la Chambre des conseillers, un peu moins d’un an après la création du parti.

Cependant, un basculement apparaît. L’installation croissante d’habitants issus d’autres régions du royaume, amène à marginaliser numériquement les réseaux hassanis. Les grandes familles se doivent d’entretenir une clientèle beaucoup plus large, en intégrant les nouveaux-venus dans leurs réseaux, notamment via les chambres professionnelles. Or, cette politique semble difficile à maintenir dans la durée. Le PJD, bien que très peu présent à l’échelle locale, a remporté deux sièges de député à Laâyoune et à Dakhla dès 2011, et les a conservés en 2016. A terme, les familles hassanies risquent de se retrouver tiraillées par le jeu des inscriptions électorales, entre tenir les petites communes peu peuplées ou concentrer leurs forces dans les deux métropoles régionales.

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Y a-t-il un « vote tarifit » ? http://old.tafra.ma/ya-til-un-vote-tarifit/ Mon, 11 Mar 2019 15:21:45 +0000 http://old.tafra.ma/?p=3074 Ces langues locales sont fortement territorialisées ; la hassania est utilisée principalement dans les provinces sahariennes, le tachelhit dans la grande région du Souss, le Tamazight dans le centre Est du pays et le Tarifit au Nord. Or, la question linguistique reste au cœur des mobilisations politiques et ce, malgré la reconnaissance constitutionnelle des langues amazighes en 2011.

A partir des bases de données de Tafra, Nato Tardieu et David Goeury s’interrogent sur l’existence ou non d’une corrélation entre langue locale et comportement électoral et croisent, pour y répondre, les données du recensement de 2014 avec les résultats électoraux des communales de 2015.

Du fait de la territorialité des langues, chacune sera traitée séparément. Dans ce papier, ils s’intéressent au tarifit.

Une langue toujours très concentrée dans le Rif

Le tarifit est parlé par plus d’1,36 million de locuteurs à travers le pays, soit 4% de la population. C’est la langue amazighe la moins pratiquée au Maroc, deux fois moins que le tamazight et presque quatre fois moins que le tachelhit. Contrairement aux autres amazighophones, les locuteurs tarifit sont majoritairement présents dans les zones urbaines (57% contre 49% pour les tachelhitophones et 39% pour les tamazightophones).

Cependant, le tarifit reste très concentré dans ses régions d’origine. Ainsi, 89% des locuteurs se répartissent entre la région de l’Oriental (62%) et de Tanger-Tétouan- Al Hoceima (27%). Au sein de ces deux régions, trois provinces : Nador, Al Hoceima et Driouch ont une majorité de tarifitophones, respectivement 63.6%, 77.9%, 92.5% et abritent de fait les deux tiers de tous les tarifitophones du royaume. Exception faite de Tanger qui est la deuxième ville tarifitophone du royaume après Nador avec 52 318 locuteurs, le tarifit est très minoritaire dans les grandes villes marocaines. Ainsi, à Oujda, autre capitale régionale, moins de 5% de la population parlent Tarifit, soit 21 968 personnes. Aucune région ne présente une majorité de tarifitophones.

Ces derniers représentent 36,5% de la population de l’Oriental, 10,4% de celle de Tanger – Tétouan – Al Hoceïma et 2,4% de celle de Fès – Meknès. Ensuite, les effets de distance amènent à une très faible présence du tarifit : moins de 1% des Rbatis, soit 4 431 personnes parlent tarifit, 0,3% des Casablancais (8 000 personnes), 0,2% des Marrakchis (1 300 personnes). Dans les autres villes plus au sud, le tarifit n’est parlé que par quelques centaines d’individus.

Au final, seules 215 des 1538 communes marocaines ont un taux de tarifitophones supérieur à 1%. Ce nombre descend à 89 à pour les communes où ils sont majoritaires et à 60, pour celles qui en comptent plus de 90%, formant un bloc très compact autour du Rif historique.

Existe-t-il un comportement électoral tarifit ?

Dans les 89 communes où les tarifitophones sont majoritaires aux élections communales de 2015, 292 532 votes valides ont été comptabilisés, ce qui représente 58,7% des inscrits. Dans ces communes, le PAM est le parti qui est arrivé le plus souvent en tête (40 fois), suivi par l’Istiqlal (14), le MP (13), le RNI (10), le PJD et l’AHD (4 chacun) et enfin du PPS et de l’USFP (2 chacun).

Le PAM a recueilli 29% des suffrages exprimés avec 85 218 voix sur 292 532, suivi du MP (14%), du PI et RNI (12%), du PJD (10%), de l’USFP (7%), de l’AHD et du PPS (5%) et du PRV (2%). Au total, ces 9 partis ont concentré 96% des votes valides dans ce secteur. Le vote tarifit pénalise donc le PJD qui enregistre un score bien inférieur à sa moyenne nationale (-11 points) et dans une moindre mesure la Koutla (soit l’Istiqlal, l’USFP et le PPS). Le RNI et l’AHD gardent leur score national. A contrario, le PAM est celui qui mobilise le plus (+11 points) du fait de sa présence dans la province d’Al Hoceïma, mais aussi de Driouch et dans certaines communes des provinces de Taza ou de Taourit, comme Aknoul ou Tancherfi. Cependant, la situation est plus complexe dans la province de Nador où il est devancé par le MP qui réalise un score supérieur à sa moyenne nationale (+5 points). Ces différences d’ancrage politique amènent à des trajectoires différentes des deux régions où se concentrent les tarifitophones.

Dans la région de Tanger – Tétouan – Al Hoceïma, le vote tarifit d’Al Hoceïma a été essentiel pour contrebalancer le vote PJD qui domine les grandes villes : Tanger, Tétouan, Chefchaouen, Ouezzane et Fnideq. En effet, suite au découpage régional de 2012, le rattachement de la province d’Al Hoceïma au sein de la nouvelle région a fortement profité au PAM. Cette province est un de ses principaux fiefs électoraux où il préside 64% des communes, recueillant plus de la moitié des suffrages valides derrière la figure d’Ilyas El Omari, originaire de la province et secrétaire général du PAM de janvier 2016 à mai 2018. Le parti s’est imposé progressivement depuis 2009 jusqu’à établir une domination réelle du champ politique. Avec le soutien du MP et du RNI (pourtant dans la majorité gouvernementale de 2015 aux côtés du PJD), la province d’Al Hoceima a permis l’élection d’Ilyas El Omari à la présidence de la région. Par conséquent, même minoritaires, à peine 10% de la population, les tarifitophones ont joué un rôle clé.

Dans la région de l’Oriental, si le PAM a aussi obtenu la présidence de la région grâce à Abdenbi Bioui, la situation des communes tarifitophones est plus complexe. Le PAM est arrivé en tête dans la province de Driouch mais il est devancé par le MP dans celle de Nador et suivi par le RNI, du fait de l’influence de Mustapha Mansouri, ancien ministre et ancien président de la chambre des représentants (2007-2010), élu député depuis 2002.  Par ailleurs à Driouch, il doit compter avec le député MP, Mohamed Fadili, qui compte parmi les ténors de son parti (il arrive en tête aux élections législatives de 2016). Par conséquent, pour détenir la présidence de région, le PAM a dû s’appuyer sur les autres partis d’opposition en 2015 (PI, USFP, UC, Al Ahd), face à Abdelkader Salama, originaire de Nador, élu à la chambre des conseillers pour le RNI.

Conclusion

Ainsi, le vote tarifit, malgré une emprise territoriale moins importante que les autres langues amazighes, joue un rôle important. En effet, sa dimension très symbolique a favorisé l’ascension de figures politiques à l’échelle nationale dont récemment Ilyas El Omari pour le PAM, mais aussi Mustapha Mansouri pour le RNI. Cependant, il faut souligner que ce vote majoritaire pour des partis administratifs a aussi été concomitant d’un vaste mouvement de contestation dans l’agglomération d’Al Hoceima, qui liait revendications sociales mais aussi culturelles, de reconnaissance d’une identité spécifique qui ne se retrouve pas dans le découpage régional actuel.

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Y a-t-il un « vote tachelhit » ? http://old.tafra.ma/ya-til-un-vote-tachelhit/ Mon, 25 Feb 2019 14:53:29 +0000 http://old.tafra.ma/?p=2961 Ces langues locales sont fortement territorialisées ; la hassania est utilisée principalement dans les provinces sahariennes, le tachelhit dans la grande région du Souss, le Tamazight dans le centre Est du pays et le Tarifit au Nord. Or, la question linguistique reste au cœur des mobilisations politiques et ce, malgré la reconnaissance constitutionnelle des langues amazighes en 2011.

A partir des bases de données de Tafra, Nato Tardieu et David Goeury s’interrogent sur l’existence ou non d’une corrélation entre langue locale et comportement électoral et croisent, pour y répondre, les données du recensement de 2014 avec les résultats électoraux des communales de 2015.

Du fait de la territorialité des langues, chacune sera traitée séparément. Dans ce premier papier, ils s’intéressent au tachelhit.

Une langue dispersée à l’échelle du royaume

Avec 4,7 millions de locuteurs soit 14% de la population du Maroc, le tachelhit est la langue amazighe la plus parlée du Royaume, devant le tamazight et le tarifit. Ses locuteurs représentent plus de la moitié des 8,8 millions d’amazighophones.

C’est également la langue amazighe qui connaît la plus grande extension géographique dans le pays. Ses locuteurs sont présents dans 1512 des 1538 communes que compte le royaume. Cette répartition est notamment le fait d’une importante diaspora de petits commerçants qui se sont installés dans tout le pays mais aussi d’ouvriers à la recherche d’opportunités d’emploi.

Cinq régions marocaines ont un taux de locuteurs tachelhit supérieur à la moyenne nationale : Souss-Massa, Guelmim–Oued Noun, Marrakech–Safi et Drâa–Tafilalet et Dakhla–Oued Ed Dahab. Elles concentrent 79% des locuteurs. Cependant, seulement deux d’entre elles ont une majorité de tachelhitophones : Souss–Massa avec 66% de sa population (1 765 417 locuteurs) et Guelmim–Oued Noun avec 50% (218 650 locuteurs). Ce taux descend à 26% pour Marrakech–Safi (1 185 846 locuteurs), 22% pour Drâa–Tafilalet (359 936 locuteurs) et 18% dans le Dakhla– Oued Ed Dahab (25 198 locuteurs).

A l’image de la forte concentration de locuteurs tachelhitophones à Dakhla, le tachelhit est parlé de façon significative par de nombreux habitants, dans des communes marocaines hors de la zone dont la langue est historiquement originaire. Avec 49% de ses locuteurs qui vivent en ville, le tachelhit s’est fortement urbanisé. Ainsi, 10% des Casablancais parlent tachelhit, soit plus de 334 000 personnes. Casablanca est donc la première ville tachelhit du Maroc, devant Agadir (222 000 locuteurs). De même, 9,2% des Rbatis parlent Tachelhit soit plus de 52 000 personnes, ou encore 4% des Tangérois et des Oujdis. On note enfin des cas singuliers de communes très excentrées comme le village de pêcheurs d’Imlili, au Sud de Dakhla (60% de locuteurs) ou la commune rurale de Moulay Ahmed Cherif, à 60 km à l’ouest de la ville d’Al Hoceïma (54% de locuteurs). Ces situations rappellent les migrations historiques qui se sont succédé sur la longue durée et surtout l’exode rural massif entamé au 20e siècle vers les métropoles économiques.

Existe-t-il un comportement électoral chleuh ?

303 communes ont plus de 50% de leur population parlant tachelhit. Nous nous intéresserons ici aux 301 communes qui forment un bloc autour de l’oued Souss, massivement arabophone. 145 d’entre elles sont dans la région de Souss-Massa, qui constitue le cœur du pays chleuh, les provinces de Taroudant (66 sur 89), Tiznit (24 sur 25), Chtouka-Aït Baha (21 sur 23), Tata (17 sur 20), Agadir (13 sur 13) et Inezgane-Aït Melloul (4 sur 6). S’adjoignent à celles-ci, au sud, les communes de la province de Sidi Ifni (18 sur 19) et de Guelmim (10 sur 20) ; à l’est, celles de Ouarzazate (15 sur 17) et de Zagora (9 sur 25) ; au Nord, celles d’Essaouira (28 sur 57), de Chichaoua (26 sur 35), d’Al Haouz (37 sur 40) et d’Azilal (13 sur 44). Parmi ces communes, 255 ont un taux de tachelhitophones supérieur à 90% attestant d’un monopole linguistique.

Dans cette zone où le tachelhit est langue majoritaire, voire quasi-exclusive, le PAM est le parti qui est arrivé le plus souvent en tête lors des élections de 2015 (72 fois), suivi par le RNI (64), le PI (52), l’USFP (36), le PJD (26), le MP (24), le PPS et l’UC (13).

Cependant, il est intéressant d’observer des territorialités partisanes fortes. Ainsi, l’USFP domine les provinces de Sidi Ifni et de Guelmim, du fait de l’influence des frères Mohamed et Abdelwahab Belfkih. La province de Tiznit et la préfecture d’Agadir sont, elles, sous l’autorité du RNI, du fait de l’influence d’Aziz Akhenouch tandis que la province de Taroudant a soutenu l’Istiqlal, avec la figure d’Abdessamad Kayouh. Le PAM contrôle Chtouka-Aït Baha, Al Haouz et Chichaoua, enfin le MP celle de Ouarzazate, autour de la figure de Saïd Ameskane. Au sein de ces blocs territoriaux, le PJD s’affirme principalement dans les communes urbaines (9). Il contrôle tout particulièrement l’agglomération d’Agadir, Dcheira El Jahadia, Inezgane, Aït Melloul avec plus de 50% des suffrages, ainsi que Drargua avec 40% des votes valides. Par ailleurs, il est en tête à Tiznit, mais aussi dans les petites municipalités d’Akka ou de Fam El Hisn de la province de Tata.

Par conséquent, sur les 303 communes majoritairement tachelhitophones, c’est le PJD qui remporte le plus grand nombre de suffrages, 203 138 sur 967 944 soit 22%, suivi par le PAM (20%), le RNI (15,5%), le PI (15,2%), l’USFP (9,5%), le PPS (7%) et le MP (6,7%). Le vote tachelhit ne pénalise aucunement le PJD qui enregistre des résultats légèrement supérieurs à sa moyenne nationale, tout comme le PAM ou le PI. Les partis qui sous-performent sont deux partis administratifs : l’UC et le MP, au profit du RNI (+3,5 points) et de l’USFP (+1,9 point) et dans une moindre mesure du PPS (+1,3 point).

Conclusion

Le vote Tachelhit diffère peu du vote national : un vote urbain massivement en faveur du PJD, qui recueille 93 802 suffrages sur 241 676 et un vote rural, par blocs territorialisés autour de grandes figures de notables.

Ensuite, il est intéressant de souligner la capacité de projection des réseaux politiques tachelhit entre la région du Souss et les grandes métropoles du royaume, et tout particulièrement à Casablanca. Ainsi, Mohammed Sajid de l’Union constitutionnelle fut à la fois député de Taroudant de 2002 à 2011 et président de la commune de Casablanca de 2003 à 2015. Plus récemment, Amina Maelaïnine, élue membre du conseil municipal de Tiznit en 2009 pour le PJD, puis députée sur la liste nationale en 2011, a été élue en 2016 dans la circonscription casablancaise de Hay Hassani. Enfin, Saâdeddine El Othmani fut d’abord élu dans sa ville natale d’Inezgane, de 1997 à 2011, avant de conquérir la circonscription de Mohammedia.

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