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Inmaculada Szmolka, professeure au département de sciences politiques à l’Université de Grenade (Espagne) montre dans cet article que cette dualité au niveau national doit être relativisée. Pour elle, les résultats nationaux ne reflètent pas la complexité des interactions et la dynamique de compétition électorale. En s’appuyant sur les résultats législatifs détaillés de 2016, elle analyse le degré de compétitivité au sein des 92 circonscriptions locales.

Question centrale des études électorales, la compétitivité électorale désigne le degré d’incertitude du résultat d’une élection et se mesure classiquement par la marge de victoire du premier sur le second. Mais pour I. Szmolka, son étude reste limitée.

D’une part, parce qu’elle est considérée comme une variable indépendante qui influe sur divers facteurs des élections (stratégies des partis ou répartition des dépenses), et est rarement analysée en tant qu’élément structurant du champ politique.

D’autre part, elle est examinée uniquement dans les régimes démocratiques, et ce malgré l’existence de régimes autoritaires, qualifiés de « quasi-compétitifs » du fait de partis actifs et d’élections relativement transparentes.

Enfin, elle est mesurée au niveau national, alors que dans le cas d’élections au scrutin proportionnel plurinominal, comme au Maroc, la donne change ; le haut niveau de compétitivité au plan national ne se traduisant pas forcément au plan local. 

De fait, les résultats de l’étude montrent que ce degré de compétitivité est généralement très faible entre le PJD et le PAM et dans la plupart des cas, les islamistes ont un fort avantage sur le PAM.  Par ailleurs, il apparait que le système proportionnel utilisé dans un grand nombre de circonscriptions de faible importance a permis à d’autres partis de tirer leur épingle du jeu. Ce qui a eu pour effet d’accroître la fragmentation parlementaire et ainsi réduire la concurrence entre ces deux partis.

Un système politique fragmenté

Le Maroc a un système multipartite fragmenté, héritage d’une stratégie historique de la monarchie pour éviter la concurrence d’un parti dominant. Pour l’auteur, le royaume constitue un modèle-type de régime autoritaire quasi-compétitif.  En 2016, 26 partis et une coalition participent aux législatives dans un processus jugé relativement transparent mais avec un faible taux de participation (42,29 %). Moins de la moitié d’entre eux – 12 – ont obtenu des sièges.

Depuis 2002, le système majoritaire uninominal a laissé place à un système de scrutin proportionnel plurinominal, aussi appelé « scrutin de listes ». Les sièges au parlement sont attribués selon la méthode proportionnelle « du plus fort reste ». Dans ce système, il n’y a pas qu’une seule course électorale mais une dans chaque circonscription. Les partis doivent obtenir un certain nombre de voix pour obtenir des sièges.

En 2016, le Maroc est divisé en 92 circonscriptions comprenant 62 provinces et 13 préfectures (dont certaines sont divisées en plusieurs circonscriptions), en plus d’une circonscription nationale – la liste nationale des femmes et des jeunes- de 90 sièges, soit un total de 395 sièges. La répartition des sièges dans les circonscriptions locales est fixée par décret ministériel avant les élections en fonction des critères de population et de représentativité.  Le scrutin proportionnel résiduel utilisé dans un grand nombre de circonscriptions de faible importance favorise le multipartisme et réduit la compétitivité. De ce fait, il est presque impossible pour un parti d’obtenir la majorité absolue à la Chambre des représentants, rendant difficile le scénario d’un parti dominant au Maroc. 

Forte concentration des votes et diminution de la fragmentation parlementaire

A la veille du scrutin législatif de 2016, PAM et PJD apparaissent comme les vainqueurs potentiels. Les résultats électoraux des élections communales et régionales du 4 septembre 2015 laissent en effet présager un duel serré. Le PAM y a remporté la majorité des sièges dans les conseils communaux en milieu rural, tandis que le PJD a obtenu la majorité des voix dans les zones urbaines. Ce dernier a également remporté les élections régionales en nombre de voix mais n’assure que deux présidences de région, tandis que le PAM en a obtenu cinq grâce à des jeux d’alliances.

La forte compétitivité parlementaire entre ces deux concurrents est confirmée par les résultats des législatives. Le PJD arrive premier, secondé de près par le PAM qui, avec 102 sièges, connaît la plus forte progression (il en avait obtenu 47 en 2011). A eux deux, ils raflent 57,47% des sièges, alors que lors de la précédente législature, le PJD et son allié l’Istiqlal n’en avaient obtenu que 42,3%.

Cette concentration des votes a pour conséquence une diminution de la fragmentation parlementaire, comme le montre la mesure de l’indice de fractionnement de Rae, un indice qui sert à calculer le nombre de partis ayant obtenu des votes et à mesurer le degré de pluralisme politique[1]. Le nombre effectif de partis tombe de 6,6 en 2011 à 5 en 2016, passant ainsi d’un multipartisme extrême à un multipartisme modéré.

Localement, une compétitivité électorale plus modérée

Si la compétition au niveau local s’est jouée principalement entre le PJD et le PAM, le degré de compétitivité y apparait modéré. Ainsi, dans 7 circonscriptions sur 10 (69,56 %), le scrutin a été remporté par l’un des deux. Le PJD s’est classé premier dans 40 circonscriptions (43,47 %), le PAM dans 24 (26,09). De même, on constate que les deux partis ont été soit vainqueur soit second dans 40 circonscriptions (42.48 %). Enfin, PJD et le PAM ont remporté ensemble tous les sièges en jeu dans 16 districts (17.39 %) : c’est notamment le cas dans plusieurs circonscriptions de Casablanca (Al-Fida-Mers Sultan, Hay Hassani, Aïn Chok, Sidi Bernoussi).

Cependant, le degré de compétitivité standard était généralement très faible et dans la plupart des cas, ce sont les islamistes qui détenaient l’avantage. Ainsi, la compétitivité entre les deux était « très faible » dans 18 districts, « faible » dans quatre, « moyen » dans deux, « élevé » dans six et « très élevé » dans seulement dix districts.

La concurrence des outsiders

Le système proportionnel permet aux petits partis d’obtenir des représentants à la Chambre, ce qui contribue à fragmenter le champ politique et à diminuer la compétitivité entre PJD et PAM.  Dix autres partis en lice ont ainsi obtenu 126 sièges dans 76 circonscriptions. Dans la majorité de ces cas (80,26 %), ces partis constituaient le premier ou deuxième choix des électeurs. Dans 28 circonscriptions, c’est un autre parti que les favoris qui a remporté le scrutin alors qu’un outsider est arrivé deuxième dans 33 autres circonscriptions. A l’inverse, dans certaines circonscriptions comme Taourirt, Khénifra ou Guelmim, le PJD comme le PAM n’ont obtenu aucun siège.

La concurrence était généralement très forte dans les circonscriptions remportées par un tiers, avec une différence de voix inférieure à 5 % dans 19 d’entre elles. En revanche, la décision prise avant le scrutin de ramener le seuil électoral de 6 à 3% n’a pas particulièrement accru la représentativité des autres partis à la Chambre des représentants.

Peu de chances d’évolution

Examiner la distance entre le parti ayant obtenu le dernier siège et le parti non élu ayant obtenu le plus grand nombre de voix, permet d’identifier les circonscriptions où un changement des résultats électoraux serait possible. Alors que dans 65 circonscriptions, la différence de vote était inférieure à 5%, seules douze d’entre elles offrent les plus grandes possibilités de changement de vote. Sept impliquent le PJD et le PAM avec une différence de moins de 0,5%. Ce fut notamment le cas à Sidi Ifni où le PJD a remporté le deuxième siège prévu par quatre voix d’écart avec le PAM (0,01 %), et à Ifrane, avec 102 voix d’écart (0,29%). Pour l’auteur, si des élections se déroulaient à nouveau dans les mêmes conditions, le PJD et le PAM n’auraient guère de possibilités d’améliorer leur score, du fait principalement de la nature du système électoral proportionnel.

Le mot de Tafra

Si la compétitivité parlementaire au niveau national est forte, cette étude démontre qu’au niveau local elle fut plus modérée, notamment par l’effet du système électoral proportionnel en usage au Maroc. Le nombre élevé de circonscriptions de faible importance est l’élément du système électoral qui contribue le plus à accroître la fragmentation des partis et par conséquent, à réduire la compétitivité entre les deux principaux concurrents.

Un scénario à l’américaine, avec deux grands partis en compétition, est difficilement envisageable au Maroc. La nature centripète du champ politique, qui doit toujours se situer dans les limites marquées par la monarchie, les alliances fluctuantes et capricieuses pour gouverner, de même que l’intrusion régulière du pouvoir, comme lors du blocage de la formation du gouvernement après les législatives de 2016 par le Rassemblement National des Indépendants (RNI), contribuent à la fragmentation continue du champ politique et à une baisse de la compétitivité entre les partis.

En savoir plus

British Journal of Middle Eastern Studies, 2018.
DOI: 10.1080/13530194.2018.1447439



[1] La formule de calcul de l’indice de fractionnement de Rae est F=1-∑(si)2, où « si » est la proportion de sièges parlementaires.

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Manifester en Afrique, ou comment exprimer ses choix politiques http://old.tafra.ma/manifester-en-afrique-ou-comment-exprimer-ses-choix-politiques/ Mon, 24 Dec 2018 08:36:25 +0000 http://old.tafra.ma/?p=2649 Selon les estimations de la Banque Africaine de développement (BAD), il y a eu cinq fois plus de protestations par an dans ces pays, entre 2011 et 2014, qu’en 2000. Pour une large part, ces mouvements étaient liés à la détérioration des conditions économiques, à la dégradation de la qualité de service, à l’insuffisance des salaires ou aux inégalités économiques. Mais pour les auteurs, ces mouvements se distinguent de ceux identifiés jusqu’alors, car ils ne relèvent ni de mouvements sociaux ni d’organisations syndicales et n’ont pas, contrairement aux manifestations du printemps arabe en 2011, de visée révolutionnaire.

Ces protestations se distinguent également des précédentes vagues de manifestations qu’a connues l’Afrique, celles liées au processus de décolonisation, celles du début des années 90 liées aux mouvements de démocratisation, et celles enfin, des mouvements anti-austérité des années 2000. Menées par des organisations de la société civile, possédant des liens transnationaux, ces premières vagues étaient des mouvements d’élite, top-down, soutenant un objectif de transformation du régime. Aujourd’hui, les manifestants réclament des « prestations de service » sur des « questions de valence », c’est-à-dire sur des questions que personne ne conteste, y compris le gouvernement, mais auxquelles il n’apporte ni les réponses nécessaires, ni l’importance que leur accordent les citoyens.

Aussi, les politologues Adam S. Harris, de l’University College London et Erin Hern, du College of Idaho, Caldwell se sont-ils demandé ce qui pousse des citoyens à faire plus souvent le choix couteux, parfois dangereux, de manifester sur une question ni contestée, ni révolutionnaire ?

Les citoyens protestent quand le vote est jugé insuffisant

Pour Harris et Hern, ce choix s’explique par les limites des canaux conventionnels de participation citoyenne qui ne remplissent pas leur fonction, comme le vote lors des élections.

Ils soutiennent que ces manifestations, qu’ils appellent « manifestations ou protestations de valence » sont un moyen pour les citoyens engagés d’exprimer leurs préférences politiques et de communiquer l’importance relative d’une question de valence lorsque les autres actes politiques, comme le vote, sont insuffisants.

Leur théorie se base sur des observations similaires faites lors de précédentes recherches en Zambie (Hern) et en Afrique du Sud (Harris). Or, une tendance intéressante est apparue : ceux qui étaient susceptibles d’adopter un comportement protestataire n’étaient pas les mécontents en colère mais ceux qui étaient convaincus que leurs actions pouvaient accélérer le changement. Pour eux, la protestation n’est pas un moyen de sanctionner le gouvernement mais plutôt de lui signaler l’importance de leurs préférences politiques.

Reste que ces manifestations sont plus ou moins suivies et que leur ampleur varie. Pour expliquer ces variations et l’importance en Afrique de ce type de manifestations, les auteurs font l’hypothèse que plus les citoyens perçoivent leur gouvernement comme réceptif à leurs actions protestataires, plus ils auront tendance à y participer.

Or, trois circonstances communes empêchent les citoyens d’exprimer leurs préférences politiques par les voies conventionnelles : les systèmes fondés sur l’ethnicité, ceux à partis instables où les partis ne disposent pas de programme, et les régimes à parti dominant où la concurrence est peu intense. Dans de tels systèmes, les électeurs ne peuvent pas compter sur l’arène électorale pour communiquer leurs préférences ; par conséquent, la protestation peut être une solution plus efficace.

Pour tester ces différentes hypothèses, les auteurs utilisent une analyse de régression multi-niveaux, en s’appuyant sur les données d’un sondage de l’Afrobaromètre 5 publié en 2015, portant sur la participation citoyenne aux manifestations. Pour isoler les pays où les manifestations de valence sont les plus courantes, ils croisent ces données à celles du Social Conflict Analysis Database (SCAD). Cette base de données répertorie les manifestations en Afrique entre 1990 et 2015, en identifiant le type de participants et leurs revendications.

Partant d’un échantillon de 28 pays, ils élargissent ensuite l’analyse aux pays où les manifestations de valence sont les plus présentes, en veillant à les distinguer des manifestations à visée idéologique ou révolutionnaire. Enfin, une deuxième analyse de régression leur permet de vérifier quels éléments contextuels augmentent la participation citoyenne à ce type de manifestations.

Plus le gouvernement est perçu comme réceptif, plus les gens manifestent

Ils examinent la validité de cette hypothèse sur un échantillon de pays africains, tout en excluant les pays d’Afrique du Nord (éliminés à cause des conditions particulières du printemps arabe). Selon leur analyse des données du SCAD, la majorité des manifestations – 49% de leur échantillon de base – sont des manifestations de valence.

L’analyse du sondage de l’Afrobaromètre 5 confirme ce résultat : une majorité de participants indiquent que leur participation aux manifestations avait pour cause des questions de valence ; 40% identifient ainsi les services publics comme le problème le plus important à régler, devant le chômage (34%) ou l’approvisionnement en eau (23%).

Il apparaît également que les citoyens qui perçoivent le gouvernement comme réceptif à leurs actions ont 77% plus de chances d’aller manifester. Cette dernière variable vient compléter d’autres éléments déjà établis par la littérature sur les mouvements sociaux et confirme qu’être un homme, de milieu urbain, instruit, jeune et impliqué dans d’autres formes d’action politique augmente le taux de participation aux manifestations.

Pour vérifier ces données, ils mènent une deuxième analyse de régression pays par pays. Dans 19 cas sur 28, il existe une corrélation positive entre le degré de réceptivité perçu par la population et l’amplitude de la participation à une manifestation de valence. Reste que si leur théorie est valide au Ghana, à Madagascar ou en Tanzanie, elle ne l’est pas au Mali, au Malawi ou au Bénin. Pays qui ont la particularité d’avoir connu peu de manifestations de valence ou d’avoir eu des mouvements sociaux aux caractéristiques sociales très particulières.

Dans un deuxième temps, ils cherchent à vérifier dans quelle mesure le contexte politique influe sur la réceptivité perçue du gouvernement et donc sur le taux de participation aux manifestations de valence. Pour cela, ils examinent trois contextes particuliers : les systèmes politiques ethnicisés, instables ou à parti dominant.

Vote ethnique et instabilité partisane, des facteurs peu concluants

Dans un système basé sur l’ethnicité, le vote est plus souvent lié à une coappartenance ou à une différence ethnique qu’à un programme politique. Il est donc moins probable que les élections permettent l’expression d’une réelle préférence politique.

Similairement, la volatilité du gouvernement dans un système à partis instables augmente l’incertitude des citoyens et diminue la capacité des votants à choisir un parti ou à sanctionner ses dirigeants.

Pour les systèmes politiques basés sur l’ethnicité (Ghana, Sierra Leone), de même que pour les systèmes de partis instables (Madagascar), Hern et Harris trouvent peu, voire aucune corrélation entre ces facteurs et le degré de réceptivité du gouvernement aux mouvements de protestation.

On manifeste plus dans les systèmes à parti dominant

En revanche, ils trouvent une corrélation positive entre un système de parti dominant et le degré de réceptivité du gouvernement aux actions protestataires.

Ainsi en est-il en Tanzanie, en Ouganda, au Botswana ou encore en Afrique du Sud où des partis uniques dominent le système politique de longue date, en l’absence de toute concurrence. Il apparait que les populations ont du mal à voter contre ces partis, bien souvent à cause de ce qu’ils représentent (libération du joug colonial ou fin de l’apartheid). Le cas de l’ANC en Afrique du Sud est à ce titre révélateur : seulement 36 % des Sud-Africains pensent que le vote peut être utile. Mais selon les données d’une enquête menée en 2011, Harris constate que lorsque les partisans de l’ANC se voient rappeler le rôle de libérateur de l’apartheid, ils sont plus enclins à voter pour l’ANC et à protester contre lui pour de meilleurs services.

Conclusion

Les manifestations de valence permettent aux citoyens engagés d’exprimer leurs préférences politiques sur des questions relatives aux biens et services délivrés par le gouvernement. La participation à ce type de manifestations est plus importante lorsque les voies classiques de participation citoyenne ne fonctionnent pas, et lorsque les citoyens perçoivent leur gouvernement comme réceptif.  Cette étude a mis en avant que cette perception varie selon les contextes. Ainsi, au sein d’un système à parti unique, les citoyens ont tendance à percevoir leur gouvernement comme plus réceptif et partant, à s’engager dans ce type de protestation.

Pour les auteurs, les études des mouvements sociaux gagneraient à se concentrer sur les manifestations de valence en le considérant comme un phénomène spécifique. Ces dernières sont présentes ailleurs que sur le continent africain :  au Moyen-Orient, en Afrique du Nord (Égypte et Jordanie) mais aussi en Europe de l’Est (Ukraine).

Après les printemps arabes, un bon nombre de manifestations de valence ont éclos, attirant l’attention des gouvernements sur des problèmes spécifiques comme la hausse des prix ou les pénuries alimentaires, en lieu et place de revendications portant sur la chute ou le changement de régime.

Le paradigme des manifestations de valence, auquel cet article apporte une contribution, gagnerait à être approfondi, précisé et même critiqué, en examinant les limites de sa validité. De futures recherches, suggèrent les auteurs, pourraient ainsi se concentrer sur les liens entre ces manifestations et des mouvements idéologiques ou antisystèmes. Il s’agirait aussi, pour complémenter cela, de préciser les mécanismes par lesquels les citoyens s’adaptent à des systèmes démocratiques dysfonctionnels.

En savoir plus

Comparative Political Studies, 2018. DOI: 10.1177/0010414018806540

 

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Léonard Wantchekon – Qu’est-ce que le clientélisme ? http://old.tafra.ma/leonard-wantchekon-quest-ce-que-le-clientelisme/ Mon, 10 Sep 2018 11:25:54 +0000 http://old.tafra.ma/?p=1905 Léonard Wantchekon, fondateur de l'African School of Economics (Bénin), professeur de science politique à l'Université de Princeton et membre de l'Académie Américaine des Arts et des Sciences, le clientélisme engendre corruption et mauvaise allocation des ressources de l'Etat. Reste que le clientélisme n'est pas une fatalité ; des solutions existent.]]>

Qu’est-ce que le clientélisme ?

Il y a trois éléments qui caractérisent le clientélisme. D’abord, il y a le fait que c’est un marché : votes contre faveur ; faveur en termes de biens publics ou privés. Le deuxième élément, c’est que les rapports sont soutenus, se répètent et le troisième élément, c’est qu’ils se font avec l’aide d’un courtier électoral, c’est-à-dire un intermédiaire.

Pourquoi est-ce un problème ?

Le clientélisme pose problème à 2 niveaux :

  • Le premier, c’est dans la répartition, la redistribution des biens publics entre le gouvernement, les citoyens et les différentes régions.
  • Le deuxième, , c’est au niveau de la corruption.

D’abord, au niveau de la redistribution des biens publics : la construction de nouvelles cliniques, d’écoles, de routes…doit être fonction des besoins réels des populations. Mais dans un système clientéliste, cela dépend du vote. Si vous avez voté pour un candidat, vous êtes récompensés en retour par la route ou par l’école, même si pour le bien-être général du pays, vous n’êtes pas les prioritaires, vous n’êtes pas ceux qui en ont le plus besoin.

Ces pratiques engendrent inefficacité et mauvaise allocation des ressources de l’Etat dans les différentes régions. Parfois, ça prend la forme d’un « éléphant blanc » c’est-à-dire que vous construisez des choses, des aéroports là où les gens n’en n’ont pas besoin ou des centrales hydroélectriques qui ne fonctionnent pas seulement pour impressionner vos potentiels électeurs.

Le deuxième problème est au niveau de la corruption. Quand le courtier électoral rend service au candidat et que le candidat lui a promis un poste politique en retour de ses services, le courtier a de fait le contrôle total sur un secteur du gouvernement, que ce soit un ministère ou l’agence de télécommunications, avec la promesse implicite que « vous pouvez prendre votre retour sur investissement, la récompense pour services rendus ». C’est un appel indirect à la corruption.

Deux problèmes donc : la mauvaise allocation des ressources au niveau national. Ceux qui ont besoin d’une école n’en n’ont pas parce qu’ils n’ont pas voté pour le candidat arrivé au pouvoir. Et il y a la corruption implicite ou légale ou légalisée car fait partie d’un contrat entre le candidat qui a accédé au pouvoir et le courtier.

Comment combattre le clientélisme ?

Le problème essentiel ici, c’est de réduire le rôle du courtier en donnant un cadre dans lequel des échanges directs peuvent se faire entre les électeurs et le candidat. Un moyen qui s’est avéré très utile, c’est la campagne de proximité. Les réunions de campagne en petits groupes de proximité grâce auxquels des jeunes, recrutés par un candidat, passent de village en village, de région en région, et portent le message du candidat aux électeurs, obtiennent leurs feed-back et les communiquent directement au candidat.

C’est cette forme de campagne que le président Obama a utilisée en 2008 pour gagner les élections en dépit du fait que l’appareil des courtiers électoraux du parti démocrate était contrôlé entièrement par son adversaire, Mme Clinton.

Il y a donc deux éléments importants : c’est créer les cadres d’un échange direct entre les électeurs et le candidat qui limitent un peu le rôle du courtier électoral ; s’il fait moins, s’il pèse moins sur le résultat des élections, il sera moins nécessaire de le récompenser.
Deuxièmement, il faut rendre le processus de récompense transparent, donner la chance à ceux qui sont compétents mais qui ne sont pas courtiers, d’accéder aux postes qu’il faut au niveau de l’administration, des ministères ou des agences gouvernementales.

 

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